Jamila Louahed, une scientifique qui fait la fierté de la Belgique

Jamila Louahed directrice du département de R&D (GSK)
Jamila Louahed directrice du département de R&D (GSK)

Il y a quelques semaines, la Belgique a de nouveau brillé pour ses innovations médicales. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a en effet donné son feu vert pour l'utilisation du tout premier vaccin contre la malaria. Cette première mondiale, la Belgique la doit en particulier au département Recherche et Développement (R&D) de la société pharmaceutique GSK Vaccines, dirigé par Jamila Louahed.

Mme Louahed est une scientifique de haut niveau. Issue de l'immigration, son père étant un émigré algérien, elle a suivi malgré cela un parcours hors du commun. Sa grande ambition est depuis toujours de contribuer au développement d'un vaccin contre les cancers. Dans un média belge, la scientifique a répondu quelques questions, et voici ce qu'elle a déclaré: "J'ai rejoint GSK, en emmenant une partie de la recherche développée dans mon laboratoire de l'Alma bruxellois de l'UCLouvain (ULC), avec l'ambition de développer des vaccins contre les cancers. Un rêve fou: celui de caractériser des antigènes uniquement présents dans les cellules cancéreuses, en espérant un jour développer un vaccin et permettre aux patients qui ont subi l'ablation de leur tumeur de ne plus voir apparaître de récurrences dans le futur. On est allé jusqu'à la phase 3, pour évaluer le vaccin chez des patients atteints d'un cancer du poumon ou d'un mélanome. J'ai vécu cela comme une aventure fantastique. Ce fut une avancée brillante pour la Belgique, mais aussi pour le professeur Thierry Boon, qui est le scientifique à la base de la découverte. Et pour notre département R&D et moi-même, ça a été la concrétisation du rêve de pouvoir passer de la science expérimentale à la médecine."

Un vaccin contre le cancer, un jour

Mme Louahed poursuit en expliquant: "Les résultats de la phase 3 n'étaient pas à la hauteur des attentes. Je reste convaincue que ce rêve se réalisera dans un futur proche.

Comme avec les technologies ARN dont on parle beaucoup, la science en cancérologie évolue à grande vitesse et est arrivée à un moment charnière: l'importance du système immunitaire en cancer est démontrée. Depuis plus de 5 ans, on assiste à un boom de l'immunothérapie en oncologie. Venir avec une approche où on peut moduler le système immunitaire pour traiter un cancer avec l'aide d’un vaccin va devenir une réalité.

Le succès de l'immunothérapie dans le domaine du cancer et de la meilleure compréhension du système immunitaire suggère que, dans un proche avenir, la vaccination pourrait être également capable de vaincre le cancer et certaines maladies chroniques.".

La Belgique, à la pointe de la recherche médicale

Jamila Louahed a tenu à rappeler la position très en pointe de la Belgique, au niveau mondial, en matière de recherche médicale: "Je pense qu'on peut être fier. J'ai eu l'occasion de partir pendant deux ans aux États-Unis, en me disant que j'allais être confrontée à un environnement beaucoup plus innovant qu'ici. Ce n'est pas le cas. On est assez humble dans nos innovations, mais on a un tissu de recherche avec des universités cotées mondialement, et aussi un tissu de financement relativement important. On peut s'améliorer: il faut mieux capitaliser les forces régionales en termes d'investissements. Cette interaction public-privé est déjà assez importante.".

Que faut-il faire pour préserver cette position de leader?

La scientifique apporte également d'autres éléments d'explications, notamment sur les efforts à mener pour conserver cette position de leader en recherche médicale: "La biopharmacie en Belgique est une filière qui jouit d'une reconnaissance au plan international mais, malheureusement, ne semble pas assez intéresser les étudiants. Il faut donc stimuler les jeunes, parce que l'on manque déjà de personnels qualifiés. C'est un secteur très porteur. On est l'un des plus grands pôles au niveau de la fabrication pharmaceutique. Ce n'est pas pour rien que Pfizer est venu produire chez nous ses premières doses de vaccin à ARN.

On a des métiers diversifiés qui nécessitent des expertises très différentes. Quand on songe à la pharma, on imagine souvent des scientifiques et des biologistes, mais on a besoin d'un panel beaucoup plus large de spécialités. C'est la raison pour laquelle nous insistons très fort sur l'importance des métiers STEM (science, technologie, ingénieur, mathématique).".

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Mis en ligne : Mardi 9 Novembre 2021
 
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