Le rôle des femmes dans la société kabyle

Kabyle-21
Kabyle-21

Selon l'étude de Makilam, il apparaît que dans la société kabyle, les femmes tiennent une place privilégiée. Elles en sont les piliers et c'est sur elles que repose l'économie familiale. Les liens de parenté sont déterminés par le clan de la mère. Le savoir et la médecine sont transmis de mère en fille.

Et s'il est une figure féminine incontournable dans la société kabyle, c'est celle de la Sage, la femme âgée du clan, appelée "Tamghrart" : la vieille, tout simplement ! "La vieille" dirige les activités des femmes du clan, est présente lors des grands événements du clan, tels les mariages ou les naissances, et ouvre les cérémonies. Elle est souvent consultée par les plus jeunes pour ses sages conseils.

Photo : femme kabyle de la région Tizi-Ouzou, portant un Tbessaht c'est-à-dire un diadème, bijou porté comme un bandeau, autrefois symbole de royauté ou de noblesse, qui ornait le front de la femme kabyle. Le faucon est représentatif de la faune kabyle.

Kabyles-olives-3
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Une organisation sociale proche de la Nature

Il apparaît dans la culture des Kabyles un fort attachement à la nature et à son rythme cyclique. Dans la pensée traditionnelle kabyle, l'année prend la forme (imaginaire) d'un cercle de saisons. Les saisons sont délimitées par des sortes de portes symboliques, que l'on franchit tout au long de l'année : ce sont "les portes de l'année", Tibburen Ussegwass en Kabyle. Ces portes ou seuils, sont en fait des rites de passage qui conditionnent la vie des êtres humains selon les croyances kabyles.

Les peuples sans écriture, tel le peuple kabyle, utilisaient en effet les lois de la nature comme repères pour organiser leur vie. Ce modèle naturel est repris dans les rites magiques des femmes kabyles.

Photo : femmes kabyles durant la période de la cueillette des olives. En Kabylie, la culture des oliviers est privilégiée.

Brodmenea
Brodmenea

Les signes magiques des femmes kabyles

La pensée kabyle se traduit de façon magique et par conséquent, s'avère difficile à retranscrire de façon rationnelle, même si Makilam parvient fort bien à nous transmettre cet univers de magie dans son ouvrage. Les femmes kabyles avaient un mode de communication secret, ésotérique, qui leur permettait de faire passer des messages que seules les initiées pouvaient comprendre.

Ce moyen de communication était un art de transcription, au moyen de dessins ou d'écritures. C'est à travers ses poteries, ses tissages, ses peintures et ses tatouages, que la femme kabyle transcrivait les signes magiques de sa nature changeante, cyclique, à l'image de la Nature. Nous évoquons ce savoir au passé car les traditions féminines de la Kabylie profonde sont en voie de perdition, l'urbanisation et la modernité y aidant.

Cet art féminin se transmettait uniquement de mère en fille car il était en rapport direct avec leur féminité et la métamorphose de leur corps. Cette tradition féminine n'a pas été influencée par la culture islamique, elle revêt donc un caractère authentique.

Ces dessins artistiques et hautement symboliques qui apparaissaient donc sur les créations artisanales des femmes kabyles, n'ont été reconnus comme supports de magie que très tard.

Photo : Broderie de Menea, ville algérienne réputée pour ses belles broderies d'inspiration berbère.

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Mis en ligne : Dimanche 20 Février 2005

 
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