Le voile (hijab), sujet à polémique

Jeunes Tunisiennes voilées
Jeunes Tunisiennes voilées
Se voiler, est-ce une tendance? Cette question peut énerver celles qui ont choisi de porter le hijab par conviction religieuse. Soit. Pourtant, c'est un fait, les grands-mères musulmanes ne portaient pas le hijab mais un voile assorti d'une tenue traditionnelle propre à leur région. Alors pourquoi des jeunes filles du XXI e siècle s'enthousiasment-elles pour le port du hijab, communément appelé "voile islamique"?

Nous nous interrogerons sur cet engouement. En Iran, toutes les femmes, qu'il s'agisse de femmes iraniennes ou de touristes non musulmanes, sont obligées de porter de le hijab depuis 1979.

Actuellement, on peut observer que des filles et des femmes qui n'y sont pas contraintes, choisissent néanmoins de porter le voile islamique.

Il y a même une tendance parmi de jeunes stars et des actrices égyptiennes, qui consiste à revêtir le hijab dans les séries diffusées pendant le mois musulman du ramadan. Des séries à l'eau de rose qui comportent des messages moraux, pour le plus grand plaisir des mollahs d'ailleurs.

C'est ainsi que six mois après s'être voilée, la star repentie Hanane Turk (qui ne portait pas le hijab il y a peu) est apparue avec le hijab dans la série Enfants de la rue, dont le thème est le sort des enfants abandonnés du Caire. C'est qu'il est désormais de bon ton de jouer dans des feuilletons moralisateurs.

Mais revenons-en à nos moutons. Nous nous devons de rappeler qu'historiquement, les femmes se voilaient pour ne pas susciter la convoitise sexuelle. Ce principe est présent dans le port du hijab puisque ce mot est un dérivé du verbe hajaba, qui signifie cacher/protéger.

Témoignage d'une musulmane voilée :

Note : Les témoignages suivants sont des extraits d'un article d'Aziza MEDIMEGH DARGOUTH, sociologue, démographe tunisienne et coauteur de Femmes, Pouvoir politique et Développement.

"Avec le hijab, mon père a plus confiance en moi et les discussions interminables sur mes fréquentations ne se sont plus posées le jour où j'ai porté le hijab.". Elle ajoute: "Si mon père m'avait encouragé, ma mère au contraire avait tout fait pour m'en dissuader, ayant peur que je ne puisse pas trouver de mari".

Le hijab, symbole de valeurs puritaines, met donc aux yeux de l'autorité familiale, la femme au-dessus de tout soupçon et lui permet de sortir seule. Le cas échéant, le voile permet aux femmes qui ont eu dans le passé "des mœurs dissolues" de se racheter une virginité. C'est là que l'expression "se draper de respectabilité" prend tout son sens ! Le hijab constitue donc un compromis entre les valeurs islamiques et le mode de vie moderne. Mais dans une certaine limite cependant, car il n'est pas considéré comme un rempart suffisant dans nombre de pays où la charia est strictement appliquée et où la mixité publique est remise en cause (Arabie, Koweït, Iran...).

Parfois, le hijab fait miroiter le mariage aux jeunes filles, comme le souligne ce témoignage : "A l'usine de confection où je travaillais, la responsable de l'encadrement (une musulmane intégriste), nous avait promis qu'avec le hijab, on était mieux considérée par les hommes, et qu'il était plus facile de trouver un mari. A vrai dire, j'ai dû le retirer suite à des problèmes avec mon employeur et j'ai trouvé mon fiancé sans hijab.".

Le hijab comme substitut du voile traditionnel

Les contraintes de la vie moderne ont exigé la sortie des femmes dans les espaces publics. Le hijab a constitué une solution de rechange pratique au voile traditionnel - le sefsari ou le mendil en Tunisie - qui en plus d'être différent d'une région à l'autre, est peu pratique à porter. Il est à noter que la propagation de l'habit s'est faite par l'intermédiaire du hajj, le pèlerinage islamique. Les parents traditionnels, qui de toutes les façons n'avaient pas permis à leur épouse d'enlever le sefsari traditionnel, ont trouvé la parade avec le hijab pour leur fille, comme l'explique cette jeune fille : "Mon père acceptait que je travaille, à condition de porter le voile ; ma mère et ma soeur portent le sefsari, nous sommes une famille conservatrice et chez nous, les femmes sortent toujours voilées. Je ne connais pas le mouvement islamiste et je n'y adhère pas, mais je ne me vois pas aller au travail en sefsari. Il faut que nous trouvions un habit traditionnel qui nous différencie des femmes qui font de la politique ou de la religion.".

Les témoignages ci-dessous ont été recueillis en juin 2007 en France.

"Je suis toujours étonnée de voir des couples jeunes dont la nana est voilée et habillée de façon traditionnelle et le mec rasé et habillé à la mode. Tu remarqueras aussi que dans les mariages d'aujourd'hui, le mec est en costard moderne alors que la femme porte une tenue tradi. C'est bizarre de voir côte à côte un mec moderne avec une nana qu'on dirait sortie d'une autre époque. Je me suis toujours demandée pourquoi c'était aux filles d'incarner le passé et les traditions, pendant que les mecs, peinards, vivaient avec leur temps.". Zina, 22 ans.

"J'ai entendu dire qu'une femme vieille ou laide (ou les deux) était dispensée de porter le hijab. Je ne sais pas si c'est vrai, mais (désolé, je vais me faire huer) parmi les femmes voilées que je connais, certaines pourraient s'en dispenser, suivant cette philosophie !". Jamel, 35 ans.

"Les filles qui portent un semblant de foulard avec survêt' et baskets Nike, avec une allure négligée à la Missy Elliot, me font halluciner. Ça fait style "Je suis traditionaliste mais en même temps, je veux m'habiller comme une rappeuse.". Je suis désolé, mais soit on est traditionaliste, soit on ne l'est pas. Je pense qu'en matière de religion, on ne peut pas faire ce que l'on veut, or beaucoup de gens font leur cuisine: Ils considèrent la religion comme une salade dans laquelle ils peuvent mélanger à leur guise un chouia de mode de vie moderne et un chouia de traditions pêchées ci et là ! Je pense en outre qu'une musulmane (ou un musulman) ne peut pas interpréter les textes religieux, c'est le travail des oulémas, qui le font avec beaucoup de précaution d'ailleurs.". Karim, 26 ans.

Jeunes Tunisiennes en sefsari
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Mis en ligne : Mercredi 20 Juin 2007
 
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