Covid19. Le Collectif des oubliés va attaquer l'Etat

Enfants casablancais

La vingtaine de membres du "Collectif des oubliés au Maroc" venue voir le consul du Maroc à Montpellier, n'a pas pu le rencontrer lundi 1er juin. Ces familles héraultaises ne décolèrent pas.

De création récente par Lotfi, un jeune sétois qui a de la famille bloquée au Maroc à cause de la crise sanitaire du coronavirus Covid-19, le 'Collectif des oubliés au Maroc' se démène pour que tous les enfants, femmes et hommes de tous âges, malades, handicapés soient rapatriés dans les plus brefs délais.

Lundi matin, une vingtaine de membres du collectif a débarqué devant le Consulat général du Maroc, dans le quartier de Figuerolles, à Montpellier, après avoir adressé un courrier au consul. Mais, un dispositif de sécurité important était en place. Lotfi et ceux qui l’accompagnaient n’ont pas été autorisés à venir rencontrer le consul ou un des responsables. Ils ont rebroussé chemin, déçus et en colère.

'On n’écoute pas la souffrance profonde de celles et ceux qui ne peuvent pas quitter le Maroc, ils n’en peuvent plus de cette situation. Le scandale vient du fait que la France et le Maroc se renvoient la balle. Le gouvernement français assure que le blocage vient des autorités marocaines. Elles, disent le contraire, accusant la France', affirme Lotfi.

Lotfi, le responsable du "Collectif des oubliés du Maroc" reçoit des dizaines de témoignages quotidiens des touristes qui prennent leur mal en patience dans les villes marocaines, où ils n’ont plus d’argent pour survivre. Parmi eux, Wafila Lafriakh qui raconte sa galère à Métropolitain.
'J’ai 24 ans, je suis citoyenne française et depuis  le 13 mars  je suis bloquée au Maroc, sans proposition de retour à ce jour.

Ma sœur qui a 4 enfants en bas âge est également avec moi, séparée de ses enfants depuis 3 mois. Nous séjournons à Tetouan et dépendons du consulat de Tanger. Nous sommes recensées depuis le mois de mars et pas une seule proposition de rapatriement depuis, que ce soit en bateau ou en avion. Malgré les appels à répétitions pour savoir où en est mon dossier, mes inscriptions sur tous les  formulaires de bateau je n’ai jamais été contactée par qui que ce soit. Ma sœur également n’a jamais eu une seule proposition de rapatriement. Je suis désespéré, lorsque j’appelle le consulat, on me dit 'd’attendre', mais combien de temps encore ? 2 mois de plus ? Loin de nos proches ? Sur le point de perdre notre travail, 3 mois sans salaire et pourtant, nous avons dû dépenser énormément d’argent pour un séjour que nous n’avions pas du tout prévu'.

Pas de proposition de rapatriement ? La faute à Pas de chance, c'est pas de notre faute !

Une femme en détresse morale et physique, au bout du rouleau : 'Nous sommes épuisées psychologiquement et physiquement oui, car, je ne dors plus, et je mange très peu à cause de l’angoisse et de la peine, qui me consume chaque jour un peu plus, avec la peur de louper cet appel 'si nous ne décrochons pas du premier coup, nous ne sommes pas rappelées, ma soeur et moi. Ma vie me manque, ma famille encore plus, nous ne demandons rien ! Seulement le droit de rentrer chez nous et retrouver nos vies'. La jeune femme accuse : 'Les consulats n’assument pas leurs responsabilités et ne sont jamais clairs avec nous. La plupart ne décrochent même plus au téléphone; ou décrochent, mais, ils nous manquent de respect, nous sommes désespérées et au bord de la crise de nerfs'.

Mercredi, j’ai de nouveau contacté le consulat. J’ai demandé quel était leur critère de sélection  pour avoir un bateau,  on m’a répondu 'c’est toi et ta chance', moi et ma chance ? Dois-je comprendre que depuis  3 mois d’enfermement je ne fais donc pas partie des chanceux ? Ce n’est visiblement plus une normalité de vouloir rentrer chez soi,  c’est une "chance". Nous sommes épuisées. Eh oui, car personne  n’assume ses responsabilités, tout le monde se décharge. Le consulat, comme les compagnies.
Wafila est scandalisée : 'Je devais prendre un car-ferries  le 12 mai 2020, mais par manque d’information, je n’ai pas pu obtenir de billet à temps. Le 27, sans aucune nouvelle, j’appelle la compagnie, qui me dit que je ne figure sur aucune liste d’attente : la compagnie qui me dit d’attendre, que ce n’est pas fini. Résultat ? Nous sommes le 4  juin et je suis toujours bloquée.

Je suis piétonne et donc non prioritaire, contrairement aux  personnes véhiculées, notamment ceux en camping-car.'

L'Etat nous mène en bateau

'Il y a vraiment urgence, on ne veut pas que le Maroc nous mène en bateau', dit Lotfi, qui compte retourner devant le consulat général du Maroc à Montpellier. Et le "Collectif des oubliés du Maroc" d’entamer une procédure judiciaire contre l’Etat.

Par : Jean-Marc Aubert

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Mis en ligne : Samedi 6 Juin 2020