Le Maroc a espionné l'Algérie et les médias français

Les manifestants sont venus soutenir des journalistes marocains emprisonnés
Les manifestants sont venus soutenir des journalistes marocains emprisonnés

Un consortium de 14 médias occidentaux a dévoilé le 19 juillet 2021 une nouvelle très inquiétante concernant les élites gouvernantes marocaines. C’est le journal "Le Monde" en France, une des rédactions composantes du consortium, qui dévoile dans le détail le dénommé "projet Pegasus" : une très vaste révélation d’espionnage rendu possible par un logiciel israélien que plusieurs pays ont utilisé ces dernières années, dont le Maroc.

Le Maroc aurait ainsi espionné un grand nombre de personnes, d’opposants politiques, de journalistes dans de nombreux pays en particulier en France et surtout en Algérie. Bien sûr, les responsables marocains ont proclamé lors d’une déclaration que toutes ces accusations sont fausses, mais le consortium de médias occidentaux dispose de preuves et c’est pourquoi "Le Monde" n’a pas mis de gants en affirmant que le Maroc a réellement réalisé de très nombreux actes d’espionnage.

Ce que révèle le "projet Pegasus"

Ainsi, entre 2017 et 2019, le Maroc a espionné massivement l’Algérie, avec le logiciel espion israélien Pegasus. Le logiciel consiste dans un premier temps au piratage d’un smartphone par diverses méthodes puis ensuite en la possibilité d’en prendre le contrôle : écoute des conversations téléphoniques, accès aux contacts, téléchargement de fichiers présents sur l’appareil etc. et tout cela à distance et sans éveiller la méfiance de l’utilisateur. Ainsi les téléphones portables de hauts responsables civils et militaires algériens ainsi que plusieurs autres milliers de téléphones appartenant à l’élite algérienne ont été infectés.

De même, cette affaire jette un trouble sur le mouvement algérien du hirak, un mouvement de contestation dont on ne connaît pas les vrais instigateurs, qui a commencé en Algérie le 22 février 2019 pour chasser le président Abdelaziz Bouteflika du pouvoir après 20 ans de règne. Les agents marocains en charge de surveiller l’Algérie s’intéressaient de près au climat politique qui y règne. Plus de 6000 numéros algériens ont été espionnés par le Maroc, dont ceux de diplomates et ambassadeurs algériens en poste dans plusieurs pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique. Les chefs de la DGSI (Direction Générale Services Intérieurs), de l’ANP (Assemblée Nationale Populaire) ou encore la famille proche de M. Bouteflika ont tous été activement surveillés. Bien sûr des citoyens algériens influents comme des juges, des hommes politiques ou des militants ont été également épiés par le royaume chérifien.

Les réactions de colère en Algérie

Alors que l’Algérie ne décolère pas de l’acte d’ingérence grave orchestré il y a peu par le Maroc à l’encontre de l’Algérie, les réactions concernant cette gigantesque entreprise d’espionnage de la part du pays voisin a ulcéré de nombreux acteurs de la scène politique algérienne. Pour ne citer qu’un seul exemple, le diplomate M. Rahabi a réagi dans ces termes : "Cela fait partie de la chaîne des actes d’hostilité du Maroc envers l’Algérie. Cette hostilité permanente vise donc désormais les institutions, mais aussi des personnalités indépendantes".

Mohammed VI applaudit, peut-être son Renseignement marocain...
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Le Maroc a espionné aussi la France

Le "projet Pegasus" nous informe aussi qu’une trentaine de Français était aussi sous la surveillance étroite de Rabat. Mediapart et Le Canard Enchaîné vont porter plainte car ils ont fait partie des cibles. Une trentaine de journalistes dont des patrons de presse français ont vu leurs téléphones infectés au profit des services de renseignement marocains. Mais pourquoi le royaume s’intéresse-t-il aux personnalités françaises ?

En juin 2019, Edwy Plenel s’est exprimé en faveur des droits de l’homme à Essaouira au Maroc. Le fondateur de Mediapart y a alors affiché son soutien au mouvement populaire du Rif (population berbère), et a également critiqué le manque de liberté de la presse. Dans les 2 mois qui suivirent, son téléphone fut infecté par le logiciel Pegasus et la surveillance de ce "gêneur", aux yeux des services de sécurité marocaine, a débuté.

Entre 2019 et 2020, c’est le téléphone de Leanïg Brédoux, une autre journaliste de Mediapart, qui fut espionné. Elle explique cette attention illégale de la part du Maroc ainsi : "Il y a deux hypothèses. D'abord, j'ai écrit une série d'articles sur le Maroc, et notamment sur le patron des renseignements marocains lorsqu'il avait été convoqué après une plainte pour torture en France. Le deuxième élément, c'est que je travaille sur la question des violences sexistes et sexuelles et que cette question est perçue comme quelque chose de très important, au Maroc."

Sachez que le "projet Pegasus" est une investigation journalistique qui sera dévoilée par épisodes et qu’il apparait clair que d’autres révélations vont suivre, peut-être tout aussi choquantes, à l’instar des "Panama Papers" qui furent, de la même manière, une cascade de révélations en leur temps.

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Mis en ligne : Mercredi 21 Juillet 2021

 
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