Dix ans des Printemps arabes : les femmes au pouvoir

Alaa Salah
Alaa Salah

Elles ont contribué à la chute des dictateurs lors des grandes révoltes populaires dans les pays du Maghreb au Proche-Orient. En effet, dans le monde arabe, ce sont les femmes qui sont venues bousculer les dictateurs en place depuis longtemps.

Soudan : Alaa la femme en blanc

Alaa Salah, icône de la révolution soudanaise est l’une de ces femmes qui ont contribué à la chute de Omar el-Béchir qui fut le président du Soudan jusqu’au 11 avril 2019. Elle est néanmoins prudemment optimiste quant au partage du pouvoir dans ce pays africain, qui a vu l'unification du mouvement démocratique avec l'ascension de l’armée au pouvoir.

Les Soudanais la connaissent comme "La femme en blanc" ou "Lady Liberty" du Soudan ou en tant que membre du MANSAM, l'un des principaux réseaux de femmes soudanaises ayant signé la déclaration du 1er janvier 2019 sur les Forces de la liberté et du changement.

Il y a 10 ans, le monde arabe s’enflammait. Dans la rue, la foule exigeait le départ des oppresseurs. Et la société civile triomphait : cinq dictateurs qui semblaient intouchables, au total, ont été renversés, lors d’un soulèvement contagieux historique du Maghreb au Proche-Orient ! Alaa Salah estime qu’elle a une grande responsabilité désormais ! 'Celle de transmettre la vérité sur la révolution'. Un soir d’avril 19 elle revêtit le drap blanc en signe de paix et contre le pouvoir.

Ce soir-là, elle passe de groupe en groupe, scandant des slogans repris par l’assistance. Les mots sont souvent tirés de poèmes populaires. Par exemple : 'La balle ne te tue pas, ce qui te tue, c’est le silence, la peur et le fait de rester indigne'. Et ça a marché : le 11 avril le dictateur Omar El Bechir était renversé.

En Tunisie, le 14 janvier 2011, le président Zine el-Abidine Ben Ali, en place depuis 23 ans, a dû fuir sous la pression des manifestations, surgies après l’immolation du jeune vendeur ambulant Mohamed Bouazizi, excédé par le harcèlement policier dont lui et son peuple étaient victimes. Le despote tunisien est mort en exil en Arabie Saoudite, en 2019. En Égypte, le président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 1981, a aussi dû céder son fauteuil, sous les coups de boutoir des militants assoiffés de démocratie, massés sur la place Tahrir, au Caire.

En Libye, au Yémen, en Syrie, la peur a reculé, et la rue s’est embrasée. Inventé en Tunisie, le slogan 'Dégage' a fait tache d’huile. L’espoir et l’euphorie ont gagné des populations soudain dressées contre des dictateurs. Dans ces révoltes populaires, qui ont duré pendant des mois mais se sont souvent mal terminées, les femmes, au même titre que les jeunes, ont joué un rôle important. À la surprise des potentats.

'La vie était devenue impossible sous ce régime corrompu et oppressif, relate Alaa Salah. Quand les manifestations se sont répandues à travers le pays, j’ai senti que c’était le moment de changer le Soudan.' Trop accaparés par les pénuries, y compris de légumes et de fruits malgré la richesse agricole du Soudan, les queues interminables pour l’essence ou devant les banques, le Soudanais issu du peuple, ne pouvait pas manifester : c’est pour cela que des figures comme Alaa Salah ont de l’importance : elle a le temps et la volonté de faire avancer les revendications du peuple.

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Mis en ligne : Mardi 2 Février 2021

 
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