Et si l'Etat algérien révisait les programmes de subventions inefficaces et inutiles?

Mae3
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La nécessité de diversifier l’économie algérienne pour diminuer sa dépendance aux hydrocarbures revêt un caractère d’urgence depuis que le cours du pétrole a commencé à chuter de façon spectaculaire, en 2014. Les nouvelles réalités financières ne permettent plus de maintenir le niveau élevé de dépenses publiques des dix dernières années, qui vide rapidement les caisses de l’Etat et augmente le déficit. Malgré les promesses des gouvernements successifs de faire des réformes et de rééquilibrer les finances publiques, la paralysie politique a fait obstacle à toute mesure décisive.

L’histoire récente du pays – marquée par la récession économique des années 1980 et l’instabilité politique qui s’ensuivit, puis la guerre civile des années 1990 – entrave les efforts du gouvernement pour trouver un consensus politique sur des réformes et les mettre en œuvre. Faute d’y parvenir, une nouvelle période d’instabilité risque de s’ouvrir. Pour sortir de cette impasse, il paraît opportun de mettre l’accent en particulier sur les jeunes. Le pays se heurte à deux difficultés majeures.

Certains groupes réunis autour d’intérêts particuliers et disposant d’une influence politique notable défendent le statu quo, dont bénéficie la sphère entrepreneuriale très dépendante au niveau financier, de l’Etat. Ce fait contribue au sentiment de paralysie de l’économie algérienne. D’autres ont défendu un cinquième mandat de Bouteflika, en suggérant des mesures beaucoup plus strictes, comme le fait d’augmenter les impôts des entreprises.

L’Algérie fait face à deux transitions difficiles. La première, rendue nécessaire par la chute des prix du pétrole depuis le pic du début des années 2010, correspond à la sortie d’un modèle économique reposant principalement sur les revenus pétroliers et gaziers et sur d’importantes dépenses publiques. La seconde a été la décision de rééquilibrer les finances publiques afin de ne plus dépendre exclusivement des revenus des hydrocarbures.

L’Etat a instauré de timides mesures d’austérité dans le budget 2016, en coupant de 9 pour cent les dépenses publiques.

L’Etat a augmenté, il y a quelques années, le prix du carburant subventionné. N’étant confronté à aucune opposition d’envergure, il a ensuite opté pour des mesures plus agressives, diminuant de 14 pour cent les dépenses publiques dans le budget 2017. Il a également pris d’autres mesures telles que l’introduction de restrictions à l’importation et l’autorisation d’une dépréciation contrôlée du dinar algérien. Le budget 2018, adopté en décembre 2017, a prévu de nouvelles coupes. A cela s’est ajouté le recours à l’assouplissement quantitatif – une création de monnaie par la Banque centrale à travers l’émission d’obligations d’Etat – pour stimuler l’économie.

Bien qu’encensées par certains, il reste à savoir si elles constituent une stratégie globale de réforme économique ou une réponse superficielle à une crise urgente. Les experts économiques et les institutions financières affirment que le gouvernement a l’intention de rationaliser les dépenses publiques en révisant les programmes de subventions inefficaces et inutiles, d’augmenter les impôts pour la frange la plus riche de la population, de réduire et de formaliser l’économie informelle en rendant le secteur bancaire plus flexible et d’encourager la croissance du secteur industriel (qui représente actuellement moins de 5 pour cent du PIB). Experts et responsables politiques s’accordent à dire que la diversification de l’économie visant à réduire sa dépendance aux revenus pétroliers et gaziers, de préférence via l’augmentation d’autres types d’exportations, est indispensable, tout comme la réduction de la facture des importations. Les responsables débattent depuis des années des moyens de mettre en œuvre ces réformes majeures, mais sans résultat concret. 30 ans après la fin de la guerre civile des années 1990, il est temps d’abandonner le modèle économique qui se réduit à la rente pétrolière et gazière, de moins en moins viable, tout en reconnaissant ce qu’il a pu apporter en matière de paix et de stabilité.

Une fois les réformes mises en place et conformes aux souhaits du peuple, ne restera plus qu’à prononcer la phrase : 'Sésame, ouvre-toi !'.

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Mis en ligne : Jeudi 18 Mars 2021

 
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