Maquillage de l'Egypte antique

Nefertiti maquillage
Liz Taylor

Les pots, flacons et autres récipients à fards égyptiens conservés dans les collections du musée du Louvre contiennent des quantités parfois non négligeables de cosmétiques ayant traversé les millénaires. Une aubaine pour les historiens des civilisations, comme l'a tout de suite compris Philippe Walter, directeur de recherche au CNRS, qui a mené pendant douze ans, au C2RMF, en collaboration avec L'Oréal, une étude sur ces fards pour les yeux.

A cette occasion, il a été amené à s'intéresser à ces petits flacons qui ne contenaient pas le fard de couleur noire couramment utilisé, mais des échantillons d'aspect irisé, bleuté ou doré. 'Dans des travaux ethnologiques réalisés au Maghreb au XIXe siècle, nous avons retrouvé des recettes de préparation de fards qui n'ont guère varié depuis l'Antiquité', raconte Philippe Walter. 'Il s'agissait de cuire du sulfure de plomb naturel dans un tissu bleu.'

Cette cuisson pouvait-elle expliquer les reflets colorés ? Pour répondre à cette question, un four adapté au faisceau d'Aglae a été construit. Il a permis d'analyser en temps réel la réaction chimique, lors de la montée en température. Résultat : une oxydation à 500° C conduit à la formation d'une couche de sulfate de plomb de 1 micromètre d'épaisseur. Il est important de noter que la plupart des Egyptiens utilisaient les poudres pour faire un contour de l’œil et non comme fard à paupière. Le fard à paupière était de couleur jaune très clair ou couleur chair, pas bleu comme on le voit souvent dans les représentations clichés et erronées.

On peut dire que le maquillage à la Elisabeth Taylor dans Cléopâtre n’est pas représentatif de l’Egypte Antique : en effet, vous remarquerez qu’aucune statue, ni aucun dessin ne représentent les Egyptiens avec ces fards. Les fards égyptiens de couleur foncée n’étaient pas étalés sur l’ensemble de la paupière mobile et même jusqu’à l’arcade sourcilière, mais étaient similaires au khôl des Maghrébins. Ils s’obtiennent par la cuisson du sulfure de plomb, qui donne de la poudre bleue pour souligner l’œil.

'C'est elle qui crée le phénomène d'irisation que les Égyptiens recherchaient, et qu'ils évoquent sous les termes de poudre pour rendre l'œil expressif', conclut Philippe Walter. Selon la durée de la cuisson, l'irisation est plutôt bleue ou plutôt jaune.

La couleur bleue ou jaune dans un maquillage des yeux pour renforcer le regard était donc utilisée par les Egyptiens de l’antiquité plus comme un eyeliner d’aujourd’hui ou encore comme le Khôl au Maghreb.

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Mis en ligne : Lundi 25 Janvier 2021

 
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