Tatouage en Afrique du Nord : les origines

Vieille dame berbère présente ses tatouages
Vieille dame berbère présente ses tatouages

Aujourd'hui le tatouage, qu'il soit indélébile ou au henné, est considéré comme une expression artistique ou une ornementation pouvant revêtir plusieurs significations ; il suscite en tout cas mystère et convoitise. Mais peut-être sans le savoir, celles et ceux qui pratiquent le tatouage, perpétuent une technique ancestrale vielle de plusieurs milliers d'années !

Le tatouage comme acte chirurgical primitif

À l'origine, le tatouage n'avait pas un but esthétique mais correspondait à un rite de mutilation magique et protecteur. En effet, tous les tatouages que l'on pouvait observer au sein de populations africaines, étaient à la fois des remèdes et des agents prophylactiques fondés sur la croyance selon laquelle la survenue d'une maladie est un phénomène surnaturel. Ainsi, pour s'en prémunir, on s'imprimait sur la peau divers symboles dont les significations n'ont pas toutes été élucidées.

En Afrique du Nord, les femmes étaient tatouées par une sorte de professionnelle, qui était toujours âgée et expérimentée. Cette dernière passait dans les villages pour proposer ses services. Sa méthode était assez simple et même primitive: elle commençait par nettoyer le front puis en frottait la peau jusqu'au sang avec un tissu rêche. Ensuite, elle dessinait des motifs magiques sur la peau avec une lancette et appliquait un emplâtre de couleur. L'épreuve est, on s'en doute, très douloureuse.

"Le tatouage reste de toute évidence un processus secret, un cheminement psychologique parfois long, dont le tatoué lui-même n'a pas toujours entièrement conscience. Le tatouage traduit bien la valeur auto-agressive de ce passage à l'acte. Le corps sera la victime de cette mutilation qui rappelle les pratiques de chirurgie rituelle, qui, chez les peuples primitifs lors de l'initiation, font entrer dans la culture ce qui est de l'ordre de la nature (circoncision, excision, sub-incision). C'est dans la peau que se grave le tatouage ainsi placé entre le dedans et le dehors ; peau tout à la fois, enveloppe du corps et du Moi, frontière entre intérieur et extérieur et lieu d'échanges privilégiés". Citation : www.santemaghreb.com

Le tatouage : Un acte libre pour les Nord-africaines

Les femmes pouvaient se tatouer à n'importe quelle période de leur vie et à n'importe quel âge ; les femmes mariées n'étaient pas tenues de consulter leurs maris pour se faire tatouer. Le tatouage était un acte personnel. Mais celles qui n'avaient pas souhaité être tatouées et qui tombaient malades, étaient forcément victimes d'une malédiction du fait qu'elles n'étaient pas tatouées ! Par ailleurs, il n'était pas rare que l'on tatouât les filles dès leur plus jeune âge en leur dessinant une très petite croix sur le front, car elles supportaient, paraît-il, mieux la douleur.

Tatouages, formes et symboles

Parmi les formes de tatouage les plus répandues en Afrique du Nord, on retrouve la fleur de lys, la patte de corbeau et la croix. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la croix n'est pas dans ce contexte liée au christianisme ; ce symbole était en effet déjà connu à l'époque néolithique. Les anthropologues pensent que la croix est l'un des signes les plus anciens connus des humains et qu'elle a été adoptée par tous les peuples successivement christianisés. La pratique du tatouage fut longtemps condamnée par les religions (surtout Judaïsme et Islam, le Christianisme n'ayant pas de position claire ou tranchée à ce sujet). Les musulmans considèrent les tatouages comme des stigmates du diable Kibat el chaytan en arabe. Pourtant, le tatouage est encore pratiqué dans certaines régions d'Afrique du Nord, en particulier chez les peuples berbères.

Et les hommes nord-africains ?

Les hommes n'étaient pas en marge de cet art particulier, mais contrairement aux femmes, ils ne se tatouaient jamais le visage. Ainsi, il était fréquent que les paysans se tatouent la main droite. Ce tatouage magique était censé les protéger des accidents corporels et leur donner force et vigueur.

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Mis en ligne : Jeudi 28 Avril 2005
 
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