La civilisation du Kerma (Nubie)

Jbel Berkal
Pharaon Taharqa

Napata, capitale de la Nubie et ville sainte

Au carrefour des routes caravanières, cette agglomération située au niveau de la IVe cataracte du Nil existait à l'époque du Kerma. Le Royaume de Kerma fut la première civilisation à unir les différentes régions de la Nubie, pays de l'or, et a tôt attisé les convoitises des pharaons, qui y multiplièrent les expéditions militaires et commerciales.

Après le réveil de l'Égypte sous le Nouvel Empire, les troupes égyptiennes se sont étendues au sud. Sous le règne de Thoutmôsis Ier, vers -1520, toute la Nubie du nord était annexée par l’Egypte. La civilisation du Kerma était dominée par la montagne "pure et sacrée" du Djebel Barkal, plateau tabulaire qui s'élève à 90 mètres de hauteur. Cette montagne, était supposée abriter le dieu Amon.

Les Egyptiens bâtirent une forteresse dans la ville de Napata, au niveau de la 4ème cataracte du Nil, donc. Voir le royaume de Kûsh, royaume égyptien

Emergence de la XXVème dynastie

Au VIIIe siècle avant notre ère, des rois dynastes napatéens, ethniquement, linguistiquement et culturellement différents des Egyptiens, se réclament du Nord.
Le sixième ou septième membre de ces dynastes napatéens apparaît sous le nom d'Alara (785-760 av. notre ère). Il place sa foi en Amon et est déclaré roi. Il adopte les caractéristiques royales égyptiennes comme l'inscription de son nom dans un cartouche. Voir l’article sur Toutankhamon pour comprendre de quoi il s’agit.

Or, après trois siècles d'indépendance, les Nubiens de la IVe cataracte sont toujours aussi peu influencés par la civilisation du Nord. Alara domine la Haute-Nubie jusqu'à Kaoua où il fait construire un sanctuaire pour le dieu Amon, notamment au Djebel Barkal. Il est le fondateur d'une dynastie qui deviendra, sous Chabaqa, la XXVème dynastie égyptienne. Son frère Kashta dit le "Koushite" (760-747 av. J.C.) lui succède et étend son royaume jusqu'en Basse-Nubie.

Son successeur, Piyé monte sur le trône (env. 747-716 av. J.-C.) et prend le nom de couronnement de Thothmès III, Menkhéperrê "la manifestation de Rê (l'astre solaire) est ferme". En l'an 3 de son règne, Piyé fait graver une stèle confirmant qu'il est roi d'Egypte et de "tous les pays". Le souverain tolère en Basse-Egypte, la présence des autres rois, mais toujours par le dieu Amon de Napata, la souveraineté de Piyé est supérieure à celle des autres. Il s'impose face à la dissidence des princes du delta égyptien.

Memphis, temple
Chabaka, pharaon nubien

A la fin du règne de Piyé, l'Assyrie est une puissance avec laquelle il faut compter. Les Assyriens ont atteint le ouadi el-Arich dans le Sinaï du Nord. Ils ne sont séparés de la frontière égyptienne que par la ville de Silé, entrée orientale du delta. Devant la gravité de la situation, alors que Chabaqa, successeur de Piyé, se trouvait en Nubie, il s'installe à Memphis, dans la partie nord du Nil, pour mieux contrôler les dynastes du Nord et parer à d'éventuelles invasions. Il fait preuve de sagesse et de sens politique ne répondant pas aux jeux d'alliance qui lui sont proposés. Il renvoie manu militari le roi d'Asdod qui voulait se réfugier en Egypte. Chabaqa meurt en 702 après 15 années de règne. Chabataqa (702-690 av. notre ère), fils de Piyé, prend la relève.

Lors de l'accession au trône du souverain assyrien Sennachérib, la Phénicie et la Palestine se révoltent. Le roi de Juda demande l'aide d'un contingent égyptien. Il est fort probable que ce soit des dynastes du delta qui aient répondu à cet appel, comme Osorkon IV, le fameux Sô d'Egypte, obscur descendant de la XXIIe dynastie qui avait répondu à Sargon sous Chabaqa.

L'aide apportée au roi de Juda pousse Sennachérib (roi assyrien et époux de la future reine de Carthage, dite la reine de Saba) à se retourner contre les Egyptiens. Chabataqa confie son armée à son frère Taharqa mais le combat n'a pas lieu, le camp assyrien est ravagé par une épidémie. Statu quo entre les deux puissances. Chabataqa disparaît en 690 av. J.-C. et Taharqa lui succède (690-664 av. J.C.). Taharqa va diriger pendant vingt-six ans un territoire allant du delta à la confluence des deux Nils. Son règne se divise en deux périodes : la première très prospère, la seconde de 677 à 664 av. J.-C., marquée par un affrontement avec l'Empire assyrien qui fut dramatique pour les "pharaons noirs".

De 690 à 677 av. J.-C., l'Egypte redevient la puissance qu'elle avait été. L'art reprend une nouvelle vigueur et Taharqa fait construire sur tout le territoire les plus beaux monuments de sa dynastie. Succès militaire contre les Libyens, influence égyptienne dans les ports phéniciens, il est alors malaisé de comprendre la chute de Taharqa. Il semble que le soulèvement des cités phéniciennes ait poussé Assarhaddon aux marches de l'Egypte. En 671 av. J.-C. Memphis est prise. Taharqa la reconquiert avec vraisemblablement l'intention d'affronter Assourbanipal, le successeur d'Assarhaddon. Le roi assyrien engage des mercenaires syriens, phéniciens, et des contingents du delta. En 669 av. J.-C. ils descendent en Haute-Egypte et prennent Thèbes.

Nékao 1er, décrété roi d'Egypte par les Assyriens, doit faire face au successeur de Taharqa, Tanouétamani, fils de Chabaqa. Le "Pharaon noir" prend Memphis et combat Nékao 1er, pharaon libyen, qui est tué. Les dynastes du delta se soumettent à Tanouétamani mais font volte-face en demandant, une nouvelle fois, l'aide des Assyriens. Ces derniers reviennent en Egypte, détruisent Thèbes et mettent sur le trône le fils de Nékao 1er, Psammétique 1er, inaugurant la XXVIe dynastie.

A partir du règne de Psammétique 1er, l'indépendance politique de l'Egypte, qui avait prévalu pendant des millénaires, commence à décliner. Elle s'ouvre au monde méditerranéen et entre dans la "modernité" avec la création d'Alexandrie, qui marque l'apogée de la période hellénistique. Pour les intellectuels grecs qui commençaient à visiter l'Egypte, la Nubie ne sera plus selon Timothy Kendall "que la légende d'une lointaine Ethiopie(*), d'un peuple d'hommes sans tache qui avaient engendré la culture de l'Egypte. Osiris était, selon la formule homérique, un de ces Ethiopiens aux parfaites hécatombes qui avait colonisé l'Egypte, cette Ethiopie restant la terre d'élection des dieux".

Nous ne pensons pas que la civilisation égyptienne soit née en Nubie ! Mais nous pensons que si un peuple a pu voir naître Moïse, c'est le peuple nubien.

(*) L'Ethiopie des Grecs était en réalité la Nubie, le Soudan, pays des cataractes.

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Mis en ligne : Lundi 14 Septembre 2020

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