Pourquoi les commentaires condescendants sont amoraux

Assemblée de Kabyles
Camus

Albert Camus a écrit une série d’articles publiés, du 5 au 15 juin 1939, dans le quotidien Alger Républicain édité en Algérie.
« En voyant les Kabyles dans leur ensemble, on ne peut s’empêcher de penser à la Grèce.
(…) leur juridiction enfin qui n’a jamais prévu de peine de prison tant l’amour de ce peuple pour la liberté est grand, alors la ressemblance se fait plus forte et l’on comprend la sympathie instinctive qu’on peut vouer à ces hommes. Et comment oublierais-je, ces écoliers dont les instituteurs me disaient qu’ils s’évanouissaient de faim pendant les classes, ces vieilles femmes exténuées faisant des kilomètres pour aller chercher quelques litres de blé donnés par charité dans des centres éloignés, et ces mendiants enfin montrant leurs côtes défoncées à travers les trous de leurs vêtements. »

Il décrit des gens, plus loin, en haillons et qui se nourrissent de sorgho ! A l’inverse et presque un siècle avant, les auteurs français messieurs Hanoteau et Letourneux, tout en reconnaissant aux Kabyles des caractéristiques qui évoquent le mode de vie dans la Grèce antique, remarquent des caractéristiques qui leur sont propres ! En effet, les anciens Algériens adoraient des dieux grecs, en particulier Athéna, Déméter et Dionysos, des divinités protectrices des agriculteurs.

On remarquera également de nombreuses similitudes entre le dialecte kabyle et le grec ancien. Les Kabyles des montagnes sont en majorité des agriculteurs qui vivent au rythme des saisons agraires. Dans la société kabyle traditionnelle, l'autorité dirigeante du village est l'Assemblée générale des citoyens. L'Assemblée ("Agraw" en kabyle) réunit les hommes du village, en plein air. On peut y voir une ressemblance avec l'acropole grecque.
Nous leur préférons ces auteurs plutôt que les récits romancés qui n’ont aucune réalité qui font la part belle aux colonisateurs et dénigrent les populations, leur reconnaissant peu de mérites. Jusqu'au 16ème siècle, les Kabyles utilisaient systématiquement de grandes pierres commémoratives, sur lesquelles ils inscrivaient les événements majeurs et les lois qu'ils votaient dans leurs villages, comme le faisaient autrefois les Numides. Cette tradition se perdit avec le temps. Et c'est fort regrettable car nous aurions pu avoir une information venant directement des concernés plutôt que voir l'histoire à travers des yeux condescendants.

Les Tunisiens sont venus en aide aux Algériens

Albert Camus prétendait que les Algériens souhaitaient la guerre pour que l’on s’occupe d’eux ! Alors que la précarité de la population est liée à la guerre ! Pourtant, entre 1957 et 1961 cent cinquante mille réfugiés algériens ont traversé la frontière pour être accueillis en Tunisie. En effet, ces réfugiés algériens étaient assiégés, affamés, refoulés loin de leur terre. Les infirmiers et infirmières tunisiens leur ont porté secours sans se mettre en avant et sans prose plus ou moins condescendante.

L'étude de l'histoire de la façon la plus objective possible permet une meilleure compréhension des cultures, des cultes et de l'irrationnel. En la matière, on ne peut se contenter de notions supposées acquises enseignées pendant les études par des professeurs imprégnés de théories basées sur un dogme. Durant l'ère chrétienne, il y eut un arrêt de recherches, de réflexion, qui a limité les connaissances en histoire. On ne peut pas continuer de se baser sur des lectures méprisantes de nos jours, à l'ère de la connaissance.

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Mis en ligne : Jeudi 14 Novembre 2019

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