Coutumes des Bédouins

Homme bédouin de Wadi al Rom
Bédouins buvant le thé Jordanie

Connaître le monde bédouin : lire Coutumes des arabes au pays de Moab

Vous avez aimé Games of Thrones? Vous adorez les westerns? L’honneur, les devoirs, la noblesse d’esprit, sont des sujets qui vous passionnent ? Alors les Arabes, leurs coutumes en pays bédouin vont certainement vous passionner.
Oui, en Moab ! Autrement dit, la zone d’évolution des bédouins nomades, installés grosso modo entre le sud d’Amman (Madaba) et le Nord du Wadi Rum (Ma’an), à l’est de la Mer Morte, dans ce qui constitue le cœur de la Jordanie actuelle. Ils étaient coincés entre les Ammonites et les Edomites (pas de mauvais jeu de mot, Edom correspond au royaume de Petra, mais avant les Nabatéens).
Ce livre est moins important en termes de pages que Les 7 piliers de la sagesse de Lawrence d’Arabie, il ne contient en effet que 360 pages contre plus de 1000 pour l’ami Lawrence…
Ce livre est normalement introuvable en librairie classique. La version que j’ai achetée est disponible sur Amazon, le prix indiqué dessous et le lien sont un lien direct vers leur site. Cliquez sans souci, il n’y a ni spam, ni surcoût.

5 anecdotes sur les bédouins d’antan…(et d’aujourd’hui?)

Ces pratiques étaient en vigueur au début du XXème siècle. Certaines sont encore valides, au moins dans le principe… Cela peut faire d’intéressants sujets de discussion avec vos guides et vos amis jordaniens… Et si Coutumes des arabes au pays de Moab était encore une réalité ?...

La femme bédouine Zenobie
Mariage a Wadi al Rum

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Le mariage… des noces de pierre!

Les mariages font l’objet de discussions entre les parents, qui sont seuls à conclure le contrat de mariage… Le fiancé ne pourra pas voir sa  fiancée avant le mariage, et tout contact physique est interdit sous peine de sévère sanction. Les filles du cheikh (le chef de famille), font l’objet d’un traitement particulier, puisqu’elles sont "données" par leur père, au gré des différentes alliances entre tribus voisines. Mais normalement, la femme (ou, plus souvent, son père…) reçoit du futur mari un mahar, c’est à dire une dot. Son montant  est conséquent.

Quand elle a été parée de ses atours, la fiancée est installée sur une jument ou sur une chamelle richement caparaçonnée, pour être conduite auprès de son époux qui l’attend […] à la main, elle applique un poignard sur le front pour écarter le mauvais œil. Le cortège s’ébranle […] les femmes poussent des cris de joie (des youyous en fait), les hommes exécutent la danse du sabre […]. Seule la fiancée, immobile et invisible, paraît indifférente à la joie générale. Cette marche quasi triomphale dure plusieurs heures, parfois une journée, surtout lorsque la fiancée est amenée d’une tribu voisine. Dans ce dernier cas, il se passe une scène vraiment curieuse. Les femmes […] se réunissent, poussent des cris, ramassent des pierres, les jettent sur la fiancée, font accroupir son chameau, la traînent par terre, se mettent à la frapper ; le sang coule ; mais les hommes ne tardent pas à mettre un terme à ce combat féminin. La même scène se renouvelle dans chaque tribu traversée […]… Peut-être qu'il se cache sous cet usage un vieux souvenir religieux…

Dès son mariage, le soir de ses noces, la femme DOIT s’enfuir de son nouveau chez-soi. C’est une tradition. Ne vous inquiétez pas, on la retrouvera. Car si elle ne le fait pas, elle serait aussitôt accusée d’être une fille facile, et ainsi déshonorée…

Les cheveux, pourquoi peut-on les couper parfois ?

Il est de coutume chez les bédouins de porter les cheveux longs. Lors des jours de fêtes, ils se plaisent à dévoiler leurs longues boucles, ordinairement cachées sous le shemagh (le keffiyyeh).  Les femmes, elles, portent de longues tresses. La couleur préférée pour la chevelure est le roux tirant sur le rouge. Les femmes ont recours à l’urine des chevaux pour donner cette teinte à leur chevelure.

Cela vous étonne ? Eh bien, sachez que lors de la Renaissance italienne (dont Venise est un des foyers), les femmes se décoloraient les cheveux par un mélange à base d'urine d'humains ou d'autres animaux (urine de chat ou de cheval) !
A la mort d’un mari, d’un père ou d’un proche parent, elles se coupent les cheveux. Les longues tresses sont étendues sur la tombe, ou enroulées autour de la pierre dressée autour de la sépulture.
Mais le plus surprenant, c’est que ce n’est pas que pour le deuil, mais aussi pour la vengeance, que l’on coupe les cheveux :
"Quand après un assassinat, le coupable est saisi puis est enchaîné, on ne le tue pas toujours. "Je te pardonne", dit le vengeur du sang. Mais avant de le renvoyer, il lui coupe les cheveux, lui rase le tour de la tête, ainsi que les tempes et le menton; il lui donne ensuite sa liberté […]. Des bédouins s’emparèrent d’un traître qui avait dévoilé à l’ennemi leur plan de campagne; ils le rasèrent complètement d’un côté, lui coupèrent la moustache de l’autre, et le laissèrent ensuite en liberté."
Peut-être que les tontes infligées aux collabos au moment de la libération sont inspirées d’une lointaine tradition bédouine?

L’hospitalité: ça ne plaisante (vraiment) pas

Une certitude : il est impossible de revenir de Jordanie sans être émerveillé de la tradition Femmes, coutumes bédouinesd’accueil. Les bédouins seraient-ils altruistes ? Sans doute, un peu, mais la vraie raison de leur comportement s’explique par l’obligation d’accueil.
Une seule chose peut mettre fin à la dorah : trahir la confiance de son protecteur-hébergeur, en le volant, ou par exemple en volant une tribu alliée de celui-ci… Le livre foisonne d’anecdotes dignes de westerns, propres à faire pâlir le bon, la brute et même le truand…
Il est arrivé qu’un cheikh, venant de perdre ses 2 fils au combat, voie arriver chez lui un homme perdu. L’homme s’appelle Dereïby. Voici la suite de l’histoire :
Le maître de la tente le reçut, lui prépara le café. Il était occupé à creuser deux fosses pour ensevelir deux cadavres placés sous la tente. La fille […] passa la tête, […], aperçut Dereïby. Elle s’écria : "voici l’assassin de mes deux frères". Son père lui imposa silence, lui reprochant son inconvenance envers un hôte; il laissa Dereïby repartir en paix.
Il se trouve que Dereïby, égaré depuis une journée dans le désert après son double meurtre, venait chercher hospitalité dans une tente trouvée au hasard… La vengeance est un plat que parfois, on est obligé de laisser refroidir.

La couardise: ça craint !

Chez les bédouins, les peureux sont méprisés… Lors des batailles, il peut arriver que certains s’enfuient, ou décident de ne pas secourir les compagnons qu’ils voient attaqués. Le jugement sera identique si la tentative d’aide s’apparente à du suicide. Dans ce cas-là, on réserve un drôle de traitement au malheureux fuyard…
"En pleine assemblée, lorsque les hommes réunis sous la tente du cheikh discutent […], une fille fait dissoudre dans un vase à moitié rempli d’eau el nileh (indigo); elle saisit ensuite le vase avec son contenu, et vient le jeter à la face du fuyard." Cette action "lui coupe l’honneur" dit le langage populaire. Le fuyard, le visage teint de couleur épaisse, devient la risée du campement,[…], il se retire sous sa tente, n’ayant plus le droit de paraître en public."
Pourtant, je croyais qu’on disait "vert de trouille"? En tout cas, quand on voit combien de temps dure un simple tatouage au henné, on se doute que le visage du trouillard va rester bleu longtemps…

Il existe une variante à ce bizutage :
" Dépouiller de force des habits que porte le fuyard, pour le revêtir d’habits de femmes : ceinture, bracelets, pendants d’oreilles, rien n’est oublié. Ainsi costumé, il sera, dès lors, tourné en dérision par toute la gente féminine du camp. Il devra garder cet accoutrement jusqu’au jour où il aura reconquis son honneur lors d’une action d’éclat…".

Les Bédouin de Wadi Rum
Tente bédouins

Lors des batailles


Quand lors d’une bataille un chef voit sa tribu gagner, au moment où l’ennemi va être décimé, il crie pour stopper le massacre "empêchez qu’on vous tue en vous mettant sous la protection…". Après s’être engagé au nom de l’honneur et de la religion, les vainqueurs donnent alors de la nourriture, de l’eau aux vaincus, et leur fournissent même des montures pour qu’ils puissent regagner leur propre tribu – elles devront bien sûr être restituées. Mais un ennemi saisi en dehors des batailles ne fait pas l’objet d’un tel traitement. Il devient alors prisonnier…:

Le vainqueur l’amène sous sa tente, lui mets les fers aux mains et aux pieds, lui donne à peine la nourriture suffisante, et, se plaçant devant lui, il lui dit: "annonce et explique; combien as-tu de juments, de chameaux, de brebis? "[…] s’il refuse de parler, son vainqueur creuse une fosse au milieu de la tente, d’un mètre cinquante de profondeur, le place tout droit dans ce trou, l’ensevelit jusqu’au cou, lui laissant seulement la terre hors de la terre; l’infortuné est maintenu en cette position jusqu’au jour où les troupeaux réclamés sont conduits devant la tente. […] Si, pendant sa captivité, il parvient à pénétrer sous une autre tente, même dans le campement où il se trouve, il bénéficie des lois de l’hospitalité; ses chaînes sont brisées, et il est reçu comme un hôte, et renvoyé chez lui avec honneur. […] C’est pour les empêcher plus surement de s’échapper qu’on les enterre jusqu’au cou."
Ce n’est plus le far West, mais avouez que le "middle East" ou Moyen-Orient en français, est pas mal non plus en matière d’honneur et de châtiments…

Pour en savoir plus sur les croyances des Bédouins

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Mis en ligne : Dimanche 31 Mai 2020