Les préjugés machistes de la société égyptienneAucune loi n'interdit aux femmes l'accès à la magistrature, et pourtant, vous ne verrez pas de femme juge en Egypte ! En Tunisie, au Maroc, et même en Algérie ou au Soudan (pays qui ne sont pas les plus avancés en matière de droits des femmes), les femmes peuvent exercer la fonction de juge sans problème, alors que la femme égyptienne se heurte à un veto de facto. Si aucun texte de loi n'interdit à une femme d'exercer la fonction de juge en Egypte, de vieilles idées reçues les en empêchent, malgré un combat lancé en 1949 ! C'est en effet à cette date qu'une jeune diplômée de la faculté de droit du Caire, Aïcha Rateb (photo ci-contre), saisit pour la première fois la Justice égyptienne pour obtenir le droit de devenir juge. Mais cette pionnière, devenue professeur de droit international et ministre des Affaires sociales depuis, n'a jamais obtenu gain de cause. De nos jours, de jeunes diplômées tentent chaque année leur chance en présentant leur candidature pour des postes vacants au Parquet, mais elles sont systématiquement écartées, et ce, sans aucune justification. Les préjugés machistes qui empêchent les Egyptiennes de devenir juges...
Les militantes égyptiennes pour les droits de la femme sont scandalisées par les raisons invoquées pour écarter les femmes de la magistrature : "Ils (les hommes) osent nous dire que la femme est indisposée durant plusieurs jours chaque mois, ce qui risque d'affecter sa performance professionnelle. C'est pourquoi je leur propose de nommer les femmes à la magistrature après leur ménopause", lance, avec un humour amer, Amira Baheyyedine, avocat. "Ils nous disent aussi que la femme est fragile, émotive et faible, ce qui la rendrait inapte pour ce métier qui nécessite parfois des déplacements en pleine nuit et des enquêtes dans des affaires de meurtre. Or, les femmes médecins quittent leurs foyers au milieu de la nuit et les étudiantes en médecine pratiquent l'autopsie dès la première année.", ajoute-t-elle. Tahani el-Guebali, première femme à être nommée membre de la Cour consitutionnelle en Egypte en 2003, plaide pour une "décision claire de l'Etat favorisant la nomination de femmes au Parquet et dans le corps judiciaire pénal.". "Nous avons besoin d'un calendrier pour l'intégration de la femme dans la magistrature", dit-elle, soulignant que "Cela fait près de 60 ans que l'on refuse à la femme égyptienne un droit constitutionnel.". Néanmoins, il est rassurant de constater que des hommes juristes défendent aussi farouchement le droit de la femme à devenir juge. "Je rougissais de honte quand mes interlocuteurs étrangers me demandaient pourquoi la femme ne peut pas être juge en Egypte", affirme Fouad Abdel Moneim Ryad, ancien membre de la Cour pénale internationale. Pour sa part, Ibrahim Darwiche, un professeur de droit de renom, affirme : "Il est vrai que si le corps judiciaire pénal s'ouvre aux femmes, elles risquent d'être majoritaires, car la grande majorité de la liste d'honneur des diplômées des facultés de droits en Egypte sont des filles.". Fouad Abdel Moneim Ryad reconnaît que "les hommes ont peur de la concurrence des femmes" et propose, pour apaiser ces craintes, un quota pour les femmes dans le corps judiciaire. Cela sera toujours moins affligeant que de refuser purement et simplement les candidatures féminines. Auteur : L'équipe de Orientale.fr Mis en ligne : Jeudi 9 Mars 2006 à 08:00 CEST. Autour de ce sujet
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