Le roi Akhenathon

Akhenaton, relief après 5 ans de son règne
Louxor

Akhenaton est le fils du puissant pharaon Aménophis III, qui régna au XIVe siècle avant notre ère. À sa naissance, il reçut le même nom et commença son règne en tant que Aménophis IV (à noter que le nom est parfois transcrit en "Amenhotep"). Ce nom rend hommage à la divinité suprême du panthéon égyptien, Amon-Râ (ou Amon-Rê, ou encore Rê), le liant directement à la grande tradition religieuse de son pays. Il est l'époux de la reine célèbre Nerfetiti.
Quand il devient pharaon en 1353 ou 1351 avant J.-C., Akhenaton se retrouve face à un clergé égyptien fortement corrompu. Le jeune homme est révulsé par la vision que lui offre le temple d'Amon : les prêtres collectent des offrandes censées aller aux dieux mais qui sont en réalité uniquement destinées à entretenir leur propre luxe ; de plus, ils forment de véritables harems de jeunes filles, officiellement consacrées aux divinités, et ils entretiennent la superstition populaire pour mieux régner.
Profondément mystique, la religion égyptienne est complexe et mystérieuse. Quand le jeune Aménophis IV prend les rênes de l'Égypte, ce culte existe depuis longtemps et l'on est loin du spiritisme des origines : l'Égypte n'est plus l'énigmatique pays des pyramides mais une vaste nation impérialiste qui se ramifie dans tout le Proche-Orient, domine des peuples qui lui paient tribut et tient en place via une administration complexe. Le nouveau pharaon a tout d'un idéaliste ; cette situation lui déplaît et il va en modifier les règles.

Le célèbre temple de Louxor fut construit par Aménophis III, le père d'Akhenaton, qui le consacra notamment à Amon : c'est le cœur de la religion traditionnelle. À noter au passage qu'il manque un obélisque devant le temple : il se trouve aujourd'hui place de la Concorde, à Paris.
Des débuts à sa chute, découvrez dans ce dossier l'incroyable règne d'Akhenaton (de 1353/1351 à 1338/1337 avant J.-C.), le pharaon hérétique, époux de Néfertiti, qui marqua à jamais l'Égypte et l'art égyptien.

Akhenaton
Akhenaton et Nerfertiti

Nul autre, en plus de trois millénaires d'Égypte antique, n'aura laissé de trace si controversée qu'Akhenaton. Régnant à l'apogée de la puissance égyptienne, le pharaon, considéré comme hérétique, déclencha une véritable révolution culturelle et religieuse qui fascine encore aujourd'hui par son audace et ses mystères. Rencontre avec le premier rebelle de l'histoire…

Pour Akhenaton, il n'existe qu'une seule source de divinité : le soleil. Aton était déjà une divinité existante mais rarement évoquée pour parler du disque solaire. Akhenaton choisit d'en faire le seul dieu et abolit le panthéon égyptien traditionnel, centré autour de la figure divine d'Amon-Râ. Il change son nom d'Aménophis IV en Akhenaton, qui signifie "Aton est satisfait". Ainsi, il se pose en tant que représentant d'Aton et efface toute référence à Amon-Râ dans son nom. Ce n'est que la première étape d'une vaste opération iconoclaste.

Pour les Égyptiens, le nom et le langage sont très importants : la richesse des hiéroglyphes de l'Égypte antique en est le meilleur exemple. Akhenaton va donc s'appliquer à détruire toutes les inscriptions en hommage à d'autres dieux sur les monuments égyptiens : on y efface le nom d'Amon-Râ et de ses compagnons.

Akhenaton ira jusqu'à faire marteler le nom de son père Aménophis III parce qu'il contenait le hiéroglyphe signifiant Amon : ce geste fit scandale dans la société égyptienne où le culte des morts, en particulier des parents, est une tradition très forte.

Cette célèbre tablette représente notamment le pharaon Akhenaton en adoration devant Aton, le disque solaire dont partent des rayons terminés symboliquement par des mains. Bien évidemment, le clergé égyptien est réduit à néant. Le culte solaire d'Aton est organisé dans de petits temples à ciel ouvert qui n'ont rien de commun avec les énormes lieux de culte bâtis tout au long du Nil. Les prêtres d'Amon et des autres divinités sont congédiés et, dans l'ombre, vont ruminer leur revanche...

Akhenaton provoque une véritable révolution dans les arts de l'Égypte ancienne. Il donne explicitement cette instruction aux artistes, sculpteurs et peintres :

"[représentez les choses] telles que vous les voyez".

Ce réalisme est totalement nouveau dans la société égyptienne : jusqu'alors, les peintres tentaient de démontrer une idée ou de raconter une histoire et, le plus souvent, ils glorifiaient un souverain et ses actes. On parle de "période amarnienne" pour parler des arts sous le règne d'Akhenaton.

Au contraire de ce qui se faisait précédemment, Akhenaton demande à être représenté tel qu'il est, dans toute son humanité, sans grandeur. Les plus célèbres fresques montrent Akhenaton assis avec son épouse Néfertiti et entouré de ses enfants, une scène tout à fait ordinaire de la vie courante. On est loin des chars, arcs et autres flèches de ses prédécesseurs !

Amarna, la ville nouvelle d'Akhenaton

Pour servir de berceau à sa révolution, Akhenaton fonde une nouvelle capitale. Elle porte le nom d'Akhetaton (qui deviendra Tell el Amarna), qui peut nous sembler similaire au nom du pharaon lui-même, mais qui signifie en réalité tout autre chose : "l'horizon d'Aton". Cette ville nouvelle est l'occasion pour les artistes du pharaon de donner libre cours à leur imagination et le site est l'un des plus célèbres de l'archéologie. Il se trouve près de la ville contemporaine d'el-Amarna, ce qui inspira aux égyptologues le nom de "période amarnienne" pour parler des arts égyptiens sous le règne d'Akhenaton. Pour le pharaon, cette nouvelle ville est aussi l'occasion d'échapper à Thèbes, que ses prédécesseurs immédiats utilisaient comme capitale, et qu'il juge trop corrompue. Hélas, il laissa les Hittites (envahisseurs venus de Turquie) lui ravir la Syrie, qui était un territoire égyptien, et la Palestine. C'est ainsi que le pharaon réformateur s'est retrouvé presque sans alliés dans la région : cela marque la fin de son règne.

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Mis en ligne : Samedi 30 Novembre 2019