L'ADN des momies décrypté

Hatshepsout
Ramessou Maryimana

L’ADN de dizaines de momies égyptiennes décrypté

 
C'est une belle réussite et un grand pas réalisé dans la connaissance de la population de l'Ancienne Égypte. Le généticien à l'Institut Max-Planck pour les sciences humaines, Johannes Krause, qui a mené plusieurs enquêtes dans le passé sur les migrations des peuples préhistoriques en Europe comme les Néandertaliens ou les Denisoviens, a voulu en savoir plus sur les habitants de l'Égypte ancienne qui au cours de leur longue histoire ont éprouvé de nombreuses guerres et conquêtes (entre autres les Assyriens, les Grecs, les Nubiens des voisins proches de l'Egypte, les Perses, les Romains...). "Notre question était : ces conquêtes ont-elles eu un impact sur le patrimoine génétique des Egyptiens?". Une équipe de scientifiques composée de généticiens est parvenue à faire parler celui de 90 corps originaires d'Abusir el-Meleq. Leur étude couvre plus de treize siècles d'histoire de l'Ancienne Égypte. Ce qu'ils ont découvert les a plutôt surpris.
Dans leur article qui est paru dans Nature Communications, le chercheur et son équipe concluent, non sans surprise, que l'ADN des 90 momies étudiées est très proche des populations anciennes et actuelles du Proche-Orient. Ils soulignent aussi que la stabilité génétique est restée remarquablement forte durant les treize siècles qu'ils ont couverts. Les traces de migrations de l'Afrique subsaharienne sont faibles et apparaissent en fait plus récemment (elles représentent 15 à 20 % de l'ADN de la population égyptienne actuelle). La multiplication des contacts serait survenue à la faveur d'une augmentation du commerce sur le Nil, la traite des esclaves ou encore l'expansion de l'Islam au Moyen-Âge.

Les momies proviennent d’une ancienne nécropole dédiée à Osiris

Séquencer l'ADN d'anciennes momies est un défi que beaucoup pensaient voué à l'échec. Notamment en raison de sa dégradation par le climat chaud et aussi à cause des produits chimiques utilisés pour la momification. En 2010, des chercheurs s'y était cassé les dents lors d'une étude de 16 momies royales, parmi lesquelles figuraient celles de Toutankhamon. Finalement, leur méthode ne leur avait pas permis de distinguer l'ADN ancien des éventuelles contaminations récentes.

Mais cette fois, Johannes Krause a usé d'une méthode plus fiable pour analyse l'ADN des mitonchondries. L'équipe ne s'est pas intéressée aux tissus mous mais aux os et aux dents, encore emplis de matériel génétique, de 90 corps momifiés. Plus exactement de crânes. (Ils ont été extraits au début du XXe siècle et reposent depuis dans deux musées en Allemagne.) À l'origine, ils proviennent tous d'Abusir el-Meleq, situé sur le Nil à une centaine de kilomètres du Caire. Les historiens pensent que le site dédié au dieu des morts Osiris était une nécropole où, durant des siècles, beaucoup d'Égyptiens venaient se faire enterrer. Les datations au radiocarbone ont montré que les individus vivaient pour les plus anciens à la fin du Nouvel Empire et, pour les plus récents, durant l'occupation romaine.

Ces résultats ont été très bien accueillis par nombre de généticiens. Néanmoins, interrogent certains, il reste encore à déterminer si les individus qui reposent pour l'éternité à Abusir el-Meleq sont représentatifs de l'ensemble de la population de l'époque. L'Égypte était un territoire immense. En tout cas, cela "prouve enfin à tout le monde qu'il y a de l'ADN conservé dans les anciennes momies égyptiennes" a réagi l'anthropologue Albert Zink, qui n'avait pas eu autant de chance dans l'étude de 2010 à laquelle il a participé. Source : Futura Sciences

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Mis en ligne : Samedi 5 Octobre 2019