Qui était la reine Tin Hinan ?

Algerienne, en tenue de reine
Oryx blancs du hoggar

Hérodote, un célèbre historien grec, appelait l’Algérie d’autrefois le pays des Atlantes. Vers le 4ème siècle c’était l’empire romain qui administrait ce territoire. Toutefois les différents peuples natifs se rebellaient régulièrement contre eux. L’un de ces peuples était dirigé par une reine appelée Tin Hinan. Un jour, la reine décida de partir dans le sud du pays pour fuir l’oppresseur  avec son peuple.
La reine était d’une grande beauté, on dit qu’elle avait un teint lumineux, des yeux immenses, un nez fin, un visage équilibré évoquant à la fois la beauté et l’autorité.

L’histoire de cette reine a laissé peu de traces dans notre époque contemporaine, toutefois de par la tradition orale des Touarègues nous avons des détails quant à son exil et surtout le récit de son voyage. Cette expédition leur permettait de fuir les Romains.
Durant son voyage, la légende touarègue raconte que la reine fit un détour par le sud-est du Maroc, au Tafilalet, pour acheter les services d’une servante, et des esclaves. Elle embaucha la servante Takamat. Les voilà donc en route avec leurs chevaux, vers le sud du pays des Atlantes. Des chameaux auraient certes été plus appropriés pour faire ce voyage en pleine chaleur, mais à l'époque, ces peuples avaient la passion des chevaux (introduits en Égypte par les envahisseurs Hyksos au XVIè siècle avant J.C.), ils ne découvrirent les chameaux que bien plus tard.

Le trajet fut long et pénible, le Sahara est brûlant. Il fallait abreuver les animaux du cheptel qui accompagnaient la reine Tin Hinan, composé de chèvres et de chevaux. Dès la nuit tombée, on dressait des tentes sur des arceaux de bois. Le ciel nocturne est particulièrement lumineux et permet de confirmer que l'expédition se dirigeait toujours dans la même direction en repérant les principales étoiles.

Après des jours et des jours de route, les provisions de bouche commençaient à s'épuiser et nulle oasis n'apparaissait à l'horizon. Les bêtes mourraient les unes après les autres, les hommes s’épuisaient, la reine jeûnait même pour laisser quelque nourriture à sa servante. Tin Hinan et son entourage accueillaient la nuit avec soulagement. La pause du soir était bienvenue, surtout si elle se situait près d’un point d’eau et d’un pâturage.

Takamat bouleversée par l’état de faiblesse de sa reine, qu’elle voit faiblir de jour en jour à cause des privations afin de laisser sa part de nourriture à son peuple en exil, est touchée par sa générosité. Elle est désespérée de voir son état s’aggraver de jour en jour.

Un soir, Takamat vit un petit monticule de sable bouger. Elle se pencha, fébrile, creusa légèrement et découvrit une termitière, où les insectes avaient emmagasiné de très nombreux grains. Aidée des esclaves noirs, Takamat ramassa la précieuse manne, et alla l'offrir à sa reine, ce qui lui permit de reprendre des forces.

Cette découverte inattendue représentait une telle quantité de nourriture, que tous les membres de la caravane purent manger à satiété.  Le voyage pût continuer ainsi dans de bonnes conditions.

Un jour, enfin, le sable s’estompa et la roche granitique, surmontée de crêtes et de pitons, apparut. C’est alors que Tin Hinan chevauchant sa superbe monture comme doivent le faire les femmes nobles déclara la fin de l’exode. C’est ici que leur voyage prendrait fin et qu’ils fonderaient leur royaume.

Il fallait alors contourner les montagnes, se faufiler dans les vallées, trouver les trous qui ont conservé l’eau de pluie, et surtout faire manger les animaux.
Le Hoggar est une région magnifique, mais aride et difficile. Toutefois, la caravane de Tin Hinan trouva asile dans un village d’oasis près de l’actuelle Tamanrasset, en Algérie. Ce village fut appelé alors Abalessa.

C’est dans ce lieu, donc, que la reine créa un royaume, qui deviendra le lieu d’habitation des Kel Tamasheq, appelés de nos jours Touarègues de l’Ahaggar.  Bien que les Touarègues soient des Nomades, ils firent de cet endroit une place hautement symbolique.

En reconnaissance des bienfaits de Takamat qui avait su sauver la petite caravane d’une mort certaine en ayant l’idée de fouiller dans une fourmilière où elle trouva des grains et avait de ce fait préservé sa maîtresse épuisée, Tin Hinan offrit en cadeau à sa servante des terres qui reviendraient à ses descendants, les Ihadanaren, les Dag Rali et des Ayt Loayen.
La reine quant à elle eut quatre filles desquelles naquirent la descendance des Ahaggar.

De nos jours, les habitants font régulièrement des feux et montrent auprès de ces feux leurs dons en matière de musique et de poésie avec le tambour et l’amzad. Ils se souviennent que leur ancêtre Tin Hinan et sa servante Takamat, arrivèrent dans le Hoggar il y a très longtemps et qu’ils leur doivent tout.

D’après les fouilles archéologiques, menées il y a 80 ans, des personnes non identifiées mais avec au moins une d'elles de rang royal arrivèrent du Nord des Atlantes au IVè siècle et s'installèrent avec un certain nombre d'esclaves dans la palmeraie de Silet.

La belle morale de cette histoire, c’est que selon les gens de la région, dans l’adversité, les titres de noblesse n’existent plus mais la bonté des hommes peut se révéler.

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Mis en ligne : Mardi 14 Juillet 2020

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