L'histoire de la chrétienté d'Afrique du Nord, l'exemple bônois

Mariee bonoise
Annaba, Basilique Saint Augustin

L’un des foyers essentiels de la naissance et de l’essor de la chrétienté en Afrique du Nord est la ville d’Annaba, dans le Nord-Est de l’Algérie.

La ville d’Annaba, dont les habitants se nomment les Annabis, a été fondée par les Phéniciens. Durant l'Antiquité, cette ville d'Afrique du Nord était appelée Hippone.

Au début, les habitants de la ville antique vénéraient un dieu appelé Baal, dieu de la Fertilité, des récoltes. Le temple de Baal se trouvait à l’emplacement de la Basilique Saint-Augustin d’Hippone.

Pendant des siècles les habitants de la Ville Punique ont vénéré le dieu protecteur Baal, appelé Hadad en Syrie, un dieu suméro-babylonien, auquel les Annabis adressaient une prière quand l'ennemi venait à menacer leur ville. En échange du secours qu'ils imploraient, les fidèles du dieu lui promettaient offrandes et processions.

Baal puis, Baal Amon du temps de Massinissa, est devenu l'appellation punique de nombreux dieux d'origine sémite dont le culte a été célébré depuis le IIIe millénaire av. J.-C. jusqu'à l'époque romaine. Bealiah signifie 'Jah (YHWH) est Baal' (le dieu suprême est Baal).

Il s'agit, du point de vue de la religion hébraïque, d'un blasphème car remettant en cause l'unicité de Dieu, puisque la Bible considère les 'Baal' étrangers comme de faux dieux. Mais ne voilà-t-il pas, que quelques siècles plus tard, les habitants d’Annaba deviennent chrétiens !

En 44 avant notre ère, César fonda la première colonie romaine en Afrique. Son assassinat, quelques mois  après ne lui permit pas d’aller jusqu’au bout ! Il reviendra  à  Octave, devenu Auguste,  de  coloniser  durablement la province Africa, cela concernait les territoires de la grande région de l’ancienne Carthage (Tunisie), la Lybie et la Numidie orientale (Nord-Est de l’Algérie).

Dès le IIe siècle, la province africaine-romaine adopte la religion chrétienne et abandonne la croyance païenne (Païenne aux yeux des chrétiens puisque jusqu’ici les habitants avaient pour religion celle des Phéniciens).

Toutefois les chrétiens n’étaient pas les bienvenus à cette époque, car la religion officielle de l’Empire romain était toujours sa religion polythéiste impliquant la vénération de son panthéon.

Eglise St Augustin d'Annaba

L’histoire de l’Eglise africaine

L’histoire des débuts du christianisme en Afrique est étroitement liée à Carthage (Tunisie) et Annaba (Nord-Est de l’Algérie). On dit souvent que les anciens Annabis se sont largement convertis à la religion catholique lorsque Saint Augustin d’Hippone est devenu évêque.

Bien que les premiers chrétiens de la province Africa fussent persécutés par l’Empire romain, il est surprenant de constater que le christianisme africain ait réussi à répandre la 'Bonne Nouvelle' dans une large partie de la population chaouia qui peuplait majoritairement l’Est de l’Algérie. Il semblerait que le christianisme soit arrivé en Afrique du Nord par le biais d’un apôtre : Saint Marc ou Markaous.

Cet évangéliste a fait connaître aux populations les épîtres, des lettres, rédigées en grec ancien, faisant partie du Nouveau Testament.

On sait que Saint Marc (Aussi appelé Jean) était allé rendre visite à l'église de 'Babylone'. Or Babylone était un code qui ne devait pas être deviné par les persécuteurs, évidemment, mais de quel endroit peut-il s’agir?

Peut-être bien la province romaine de l’Africa. Au moment où sont nés les évêques d’Algérie et de Tunisie, l’Eglise chrétienne d’Hippone était connue des Annabis, ils formaient une belle communauté chrétienne au sein même de l’Empire romain. Autrement dit, le christianisme a dû très vite s’implanter dans cette province sémitique.

Dans la petite ville nommée Ksar-el-Kelb dans l’antique Carthage, on a retrouvé les vestiges d’une église des premiers temps, où apparaissent des fresques représentant Saint Marc. Tertullien, un des premiers chrétiens africains à avoir abandonné le paganisme, va lutter pour que l’Eglise chrétienne soit reconnue par l’Empire romain comme religion officielle. Né de parents païens, il entre dans la communauté chrétienne de Carthage vers 195 et devient proche de l’élite municipale, qui saura le protéger contre la répression des autorités. Ayant reçu la prêtrise, il s’emploie dans ses premiers écrits à lutter pour que l'Église chrétienne soit officiellement reconnue et que les chrétiens ne soient plus persécutés.

3. Saint Augustin d'Hippone

On peut parler, à la suite de Tertullien, de 'christianisme africain' tant ce dernier adopte un caractère spécifique, se faisant remarquer par son entraide entre les croyants particulièrement fraternelle. Afin de progresser en nombre et de s’ancrer dans la vie populaire nord-africaine, la doctrine chrétienne à travers les écrits de Tertullien cherche à créer une nouvelle communauté plus que la volonté d’un homme d’imposer à de fervents croyants une doctrine.

Un autre personnage de premier plan et très célèbre, même encore de nos jours, est également à citer comme acteur décisif pour l’évolution de l’Eglise Africaine : Augustin, ayant vécu de 354 à 430 et qui fut canonisé en 1298 à titre posthume.
Saint Augustin, à Hippone, guide les croyants au quotidien, en leur expliquant comment agir afin de faire le bien, d’être de bons pères pour leurs enfants. 'A la maison, soyez unis', a-t-il souvent dit, de même, Soyez les unes pour les autres les gardiens de la pureté, explique-t-il à des veuves. Rappelons que pour Saint Augustin, la chasteté était très importante dans la mesure où avant de se convertir au catholicisme il avait largement abusé du vin et de la chair.
Nette et précise, la règle de saint Augustin, qui se décline en huit chapitres, est très pratique. En prônant un modèle de vie inspiré de celui de la première communauté chrétienne de Jérusalem telle qu’elle est décrite dans le livre des Actes des Apôtres (4, 32), elle insiste sur la charité fraternelle.

'La lucidité de la pensée (augustinienne), sa pertinence, la profondeur de sa vie spirituelle continuent d’attirer largement et offrent une réponse convaincante aux besoins spirituels, de façon renouvelée, des institutions aujourd’hui encore naissantes', expliquait en 2016 le père Jean-François Petit, augustin de l’Assomption, et professeur de philosophie à l’Institut catholique de Paris (ICP), lors d’une rencontre de l’Académie catholique du Val-de-Seine. 'La philosophie d’Augustin est aujourd’hui suivie par plus de 50 000 religieux et religieuses, dans plus de 130 instituts de vie consacrée, organisés dans des communautés', estimait encore le spécialiste.

Une citation célèbre de Saint Augustin : 'Que les Juifs ne viennent pas dire : 'Ce n'est pas nous qui avons mis le Christ à mort.' Car s'ils l'ont livré au tribunal de Pilate, c'est pour paraître innocents de sa mort. […] Mais pensaient-ils tromper le Juge souverain qui était Dieu ? Ce que Pilate a fait, dans la mesure où il l'a fait, l'a rendu pour une part leur complice. Mais si on le compare à eux, il est beaucoup moins coupable. […] Si c'est Pilate qui a prononcé la sentence et donné l'ordre de le crucifier, si c'est lui qui en quelque sorte l'a tué, vous aussi, Juifs, vous l'avez mis à mort. […] Lorsque vous avez crié : 'En croix ! En croix !'.

Chrétiens d’Africa et dissidences

Il y eut en Afrique du Nord plusieurs schismes de l’Eglise catholique, entre autres les Messaliens également appelés Massaliens. Cette secte apparaît en Asie Mineure vers le milieu du IVe siècle.

On les appelle aussi euchites ou euthites (du mot grec correspondant au mot syriaque signifiant celui qui prie) ou eustathiens, adelphiens, marcianites ou marciens d’après les noms de leurs porte-parole les plus connus : Adelphius, Eustathe et Marcien. Ils se nomment eux-mêmes : les spirituels.

Leur mythologie est très proche de celle de beaucoup d’autres sectes gnostiques. Satan, qui était le fils aîné de Dieu, s’est, dans son orgueil, révolté contre son père. Expulsé du ciel, il a créé le monde matériel, qui est donc nécessairement mauvais. Ce mythe cosmogonique a probablement influencé les doctrines bogomiles.

Les messaliens prient sans cesse (seule oraison : le Notre Père) pour expulser le mauvais démon qui, selon eux, réside dans l’âme de chacun et qui doit sortir par les liquides de la bouche et du nez. Une fois libérés du démon, ils se regardent comme unis avec le Saint-Esprit et incapables de commettre des péchés.

Ils rejettent l’Ancien Testament comme la plupart des sectes dualistes, ne vénèrent pas la Vierge, se refusent à honorer la Croix (moyen de supplice du Christ et non pas symbole de la Rédemption) et ne croient pas à l’efficacité des sacrements : les baptêmes, les mariages, les consécrations, .etc.

Les messaliens sont persécutés et condamnés comme hérétiques dès leur apparition.

La Basilique de Saint Augustin d’Hippone

Basilique Saint AugustinOn ne pouvait parler du christianisme annabi, sans évoquer la Basilique Saint-Augustin, qui est une basilique catholique dont la construction a commencé en 1881 et consacrée en présence de Mgr Oury, archevêque d'Alger et de Mgr Gazaniol, évêque de Constantine. La plus célèbre basilique d’Afrique, a été nommée Saint-Augustin en hommage à l’évêque de la ville pendant 34 ans, de 396 jusqu'à sa mort en 430. Saint-Augustin devait probablement habiter dans une abbaye d’Annaba.

Les sources littéraires témoignent de l’importante activité qu’Augustin déploya à travers toute l’Afrique, après son retour d’un voyage à but religieux à Milan en 388, en particulier dans le vaste évêché rural d’Hippone qui lui avait été confié. Elles attestent aussi, dès l’époque de Cyprien de Carthage, l’extrême densité des sièges épiscopaux dans la région. Trop souvent, les édifices – notamment pour les fouilles anciennes pour lesquelles on dispose rarement de rapports complets – ont été datés, sans réelle analyse archéologique, par rapport aux découpages de l’historiographie traditionnelle, c’est-à-dire le plus souvent avant l’époque vandale, même si les travaux d’Yvette et Noël Duval ont depuis largement démontré que bien des églises furent en fait construites à l’époque byzantine.
La chrétienté en Afrique du Nord a donc une histoire forte, qui n’est pas tombée en désuétude, forgée par des personnes qui sont toujours des modèles aux yeux des croyants chrétiens de nos jours.

Un témoignage de plus de la richesse historique de ces territoires, connectés depuis toujours, en tout temps, avec le monde entier.

Chant arabe chrétien

Nota : si vous entendez Allah, cela n'a pas de relation avec l'islam, c'est le mot qui, en arabe, désigne Dieu, quelque soit la religion.

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Mis en ligne : Lundi 21 Septembre 2020