Amour charnel et religion chrétienne

Couple amoureux l'un de l'autre

Du point de vue biblique, la sexualité est une bénédiction, à la condition d'être liée au mariage et à la procréation. Là est son seul but, sa raison d'être : "Fructifiez et multipliez-vous", dit la Genèse (1, 28). D'où le tabou qui frappe l'onanisme (le plaisir solitaire) considéré comme le "gaspillage de la semence" pour les hommes (Gn 38, 9). Même si certains théologiens juifs médiévaux, comme Maimonide (1135-1204), n'ont pu se retenir de faire des thèses sur la nocivité des plaisirs charnels et les bienfaits de la continence, la sexualité n'est marquée, au plan théologique, d'aucun stigmate de "faute originelle".
Les Eglises chrétiennes, elles, ont intériorisé la croyance en l'impureté des femmes. Dès saint Paul, un net glissement s'opère : la chair, condition de l'être humain dominé par le péché, s'oppose à son esprit. La virginité devient supérieure au mariage (I Co. 6, 12; 7, 1-10).

C'est Marie, cette femme sans éros, le contraire de Eve, qu'il faut désormais vénérer et prendre en exemple : vierge, mère et épouse. L'idéal, du côté masculin, conduit, à partir du VII ème siècle, vers l'obligation du célibat pour les prêtres. A la suite de Paul, saint Augustin commande : "Domptez votre chair; échauffez-vous contre elle avec toute la sévérité imaginable". Le programme est clair : la répression du désir. S'appuyant sur deux petits versets de la Bible (Siracide 25, 24 et I Ep. à Timothée 2, 11-15), il crée le mythe de la femme pécheresse : c'est à cause d'elle que l'homme a été banni du paradis originel. Le plaisir sexuel, libido, et le désir toujours inassouvi, concupiscentia (la concupiscence, le désir), sont pour saint Augustin le résultat du péché originel (Conf, XIII, 32, 47). La procréation même, unique fin de la sexualité, n'est jamais exempte d'un certain opprobre, puisque le sexe est faiblesse, passion et instinct.

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Mis en ligne : Dimanche 20 Février 2005