Mariage à Mostaganem

Robe de mariée de Mostaganem mode
Henna mains6

Mostaganem est une ville importante d'Algérie, se situant dans l'ouest du pays, proche de Oran et Tlemcen.
Les habitants de Mostaganem ont su préserver des traditions très anciennes, même si de nos jours, la jeunesse a tendance à ne plus les perpétuer.
Ce qui crée un contraste générationnel avec les plus âgés qui ont un désir, une volonté de conserver les coutumes d’antan.

L'éducation stricte des Mostaganémoises

La majorité des filles de Mostaganem restent, traditionnellement, dans leurs maisons où elles développent des compétences traditionnelles tels que la couture et la broderie.

Avez-vu déjà vu la fetla ou medjboud ? Il s'agit d'un travail traditionnel de cette région consistant a réaliser des motifs dessinés par des fils dorés sur les vêtements luxueux.
On peut aussi citer le galon doré, une production de couture d'un gros fil de soie doublé sur des vêtements ou le linge de lit.
Comme les jeunes filles en âge de se marier restent à leur domicile, les rencontres de jeunes gens ne se font pas spontanément.

Les mariages sont très souvent arrangés. En général, c'est la mère du futur marié qui, telle une enquêtrice, choisit la compagne idéale pour son fils.

Elle peut en faire la connaissance lors d'une fête, un mariage ou bien lorsqu'elle se rend au hammam.
C'est d'ailleurs dans ce lieu qu'elle peut y dénicher des informations très utiles puisque le personnel du hammam (les "tayyabates") se prêtent volontiers au rôle d'indic.
La future belle-mère peut ainsi déterminer son niveau d'éducation, sa conduite et bien évidemment jauger sa beauté.
S'en suit alors un enchaînement d'étapes très codifiées, très précises qui fait du mariage de Mostaganem une tradition unique.
Nous n'allons pas ici vous décrire ces étapes dans le détail, mais sachez simplement que tout doit être respecté à la lettre, tout a été prévu : des différentes étapes aux délais pour les réaliser, des chants, des danses, des personnes ayant un rôle, aux bijoux, nourritures et linges à utiliser.
Aussi, afin de vous donner un aperçu de cette tradition sans que cela ne soit trop pénible à lire, nous allons nous efforcer de rester concis.

La confirmation du choix et le présage

Avant le mariage les mariés, bien entendu, n'habitent pas ensemble. Les futurs époux habitent chez leurs parents.

Une fois que la mère du futur marié a fait son choix sur sa future belle-fille, elle envoie au domicile de cette dernière, une femme âgée qui aura pour rôle de juger la future épouse, de tester sa personnalité mais aussi très basiquement sa bonne santé physique, tel un examen classique chez votre médecin.

Si l'émissaire approuve le choix pour cette jeune femme, la famille du futur époux demande alors la main de la jeune fille dans les quinze jours, jamais plus.

La famille va par la suite consulter un "sorcier" pour obtenir un bon présage et obtenir de la chance pour cette union ("el fal").
Suivant les visions du sorcier bonnes ou mauvaises, la famille décide de maintenir le processus ou au contraire y mettre un terme.

La demande en mariage

Si le mariage est toujours envisagé, les familles se rencontrent autour d'une collation durant laquelle la mère doit vanter les mérites de sa fille ainsi que se mettre d'accord sur la dot (la "sadak").
Cette réunion permet de discuter des étapes futures de la cérémonie du mariage.
La future mariée reçoit divers cadeaux : Un collier très étoffé (Le krafach), sept bracelets, la bague de fiançailles ainsi que le trousseau de la mariée (appelé tyafer ou el djehaz).
Elle reçoit également une somme d'agent (appelée "la amama").

Les préparatifs des fiançailles : El mourakana

La cérémonie appelée "El mourakana" ou encore "El malak" consiste en une réunion des deux familles des futurs mariés et leurs proches durant laquelle l'unique but est de déterminer la date de la fête du henné.

Mariage photo

A cette occasion, les parents du futur marié emportent avec eux quelques cadeaux, un plateau en cuivre avec des madeleines et des torno. Une bague en or est déposée sur le plateau, on l'appelle "la bague de la parole".
Cela scelle les fiançailles.
La fête du "jour du henné" doit toujours avoir lieu quelques jours seulement avant le mariage.
Généralement, le même jour, on procède à la fois à la cérémonie du henné et à la cérémonie de fiançailles religieuses (la fatiha).
La fatiha consiste en une réunion réservée aux hommes des deux familles durant laquelle sont principalement prononcés chants et prière religieuse.

Ighlili
Medahates

Les fiançailles et la cérémonie du henné

Au jour déterminé lors du El mourakana, les parents du futur époux organisent un repas de fiançailles (le dfou'e).
Le repas est apporté, en fin de journée, sur des tables en bois particulières portées exclusivement par des femmes jusqu'à la maison de la mariée.
Les familles s'y réunissent avec des chanteuses appelées les meddahate, qui entonnent des chants religieux.
Il s'agit généralement d'une troupe composée de cinq femmes qui animent les fêtes en chantant, tout en utilisant des instruments traditionnels comme le bendir, le gallal, la tbila, le chakchak et la derbouka, pendant que d'autres femmes dansent.
Ensuite, on fait apparaître dans l'assemblée la future mariée enveloppée d'un voile traditionnel blanc (le "hayk").
Les meddahates chantent alors des louanges divines.
On installe la jeune femme sur une table basse sur laquelle est déposé un coussin brodé. Elle est entourée par des petites filles portant des bougies.

On appose alors du henné sur les deux mains de la mariée jusqu'aux poignets ainsi qu'au niveau des pieds jusqu'aux chevilles.
Enfin, une femme âgée jouissant d'une confiance des proches des mariés, expose aux personnes présentes la dot (le "sadak"), énumère chaque objet offert à haute voix et les dépose ensuite un à un dans un coffre (appelé un feniek).

La fête se poursuit jusqu'à une heure tardive de la nuit, tout cela dans une ambiance de chants, et d'éclairage aux bougies. En toute fin, la mère du marié prend un peu du henné de la mariée pour enduire la main de son fils.

A l'issue de cette cérémonie, les familles des deux futurs époux fixent un jour pour le mariage. Il vont alors voir l'Imam qui aura le rôle de juge, maître de cérémonie (el kadhi).
Le "kadhi" doit interroger la future mariée afin de s'assurer de son consentement.

Derniers préparatifs et rituels avant la cérémonie du mariage

Un mois avant le mariage, la mère du marié sert aux "moustadanat" (un groupe de témoins formé par des proches des mariés) un café avec des beignets frits au miel (des "msemmen").
Les moustadanat sont accueillis en étant aspergés légèrement avec un flacon traditionnel rempli d'eau de fleurs d'oranger dès lors qu'ils franchissent le seuil de la porte.
Une semaine avant la fête, le marié invite un jeune marié parmi ses amis pour assumer le protocole de l'organisation et l'accueil des invités.
Dans cette tradition à Mostaganem, c'est un proche du marié qui s'occupe de tout ou presque !
La veille du mariage, la future épouse est emmenée au bain maure (hammam) accompagnée de sa famille et de ses amies, uniquement si ces dernières sont de jeunes filles célibataires.
Dès qu'elle arrive au seuil du bain maure, une femme entre avec elle en portant des bougies à la salle de lavage (ou salle chaude) sans ôter ses vêtements; elle doit se déshabiller dans un endroit réservé aux mariées seulement.
A son retour au domicile familial, une petite fête est réservée aux parents de la mariée autour d'un café et de gâteaux.

Fete des hommes Mostaganem
Torno

Le premier jour de la cérémonie du mariage

Ce jour s'appelle le "sacrifice du mouton".
C'est une cérémonie pour les jeunes organisée par le marié un jour avant la nuit de noces.
Les parents du marié préparent un dîner traditionnel appelé la "saroudane" (divers plats de douara, bouzellouf, chorba et salades).
C'est l'équivalent de l'enterrement de vie de garçon puisque seuls les amis du futur époux y sont conviés.
Cette fête débute après la prière "d'el Icha" (la prière du soir, l'une des cinq prières en Islam) qui est réalisée au domicile du marié ou dans une maison de ses amis.
La fête démarre réellement avec les chansons de style typiquement chaabi exécutées par un groupe musical de type "aïssawa" (ou "aissaoua").
Au cours de cette fête, on sert du thé, du café et des gâteaux variés à l'ensemble des invités.

Le deuxième jour de la cérémonie du mariage

C'est la journée du dîner et de la nuit de noce !
Le marié se rend dès le matin en compagnie de ses amis au bain maure.
Avant midi, ils vont danser dans un café toujours sur les rythmes musicaux d'un groupe "aissaoua" jusque dans l'après-midi, moment du démarrage du cortège nuptial.
Le père du marié organise pendant ce temps le déjeuner en l'honneur des invités, parmi lesquels la famille, les amis et notables de la ville seront accueillis.
Le repas consiste en une grande jatte de couscous avec de la viande recouverte d'un drap blanc.
Le premier service est ouvert au profit des notables de la ville.
Après le déjeuner, les mains sont levées pour présenter les meilleurs vœux aux futurs époux et à la famille.

Dés son arrivée, le marié entre dans sa chambre pour se raser et porter ses plus beaux habits avec un burnous blanc alors que ses amis se délectent avec la troupe des "aissaoua" dans la cour de la maison.
Quand le marié est fin prêt, il les rejoint.
Un jeune marié asperge les invités de parfum et distribue des pièces de monnaie aux enfants.

La mariée se prépare en confectionnant son trousseau; une femme réputée pour son expérience la maquille et l'épile avec une pâte dépilatoire (sorte de mixture de citron et de sucre qu'on met sur du feu).
On lui peigne ses cheveux, saupoudre son visage de poudre blanche et lui met du khôl.
Quand la préparation de la mariée est terminée, on lui fait porter un voile traditionnel (un "haik mramma") confectionné à l'aide d'un tissu offert par son père.
On lui fait même porter un burnous pour homme en poil de chameau.
Elle emporte avec elle une corbeille ou caisse en bois pour y placer toutes ses affaires personnelles.
La future épouse, accompagnée d'un cortège de femmes, arrive au domicile de la famille du futur marié dans une calèche. Elles y mangent du couscous particulier : Composé de sucre et de raisins secs.
Le cortège est uniquement composé de ses grand-mères et de ses tantes (la mère de la mariée ne pourra rejoindre la cérémonie que bien plus tard dans la nuit).
Elle reprend alors la route avec la calèche pour rendre visite à un lieu saint le mausolée de "sidi Sidi Belkacem LaBelkacem", c'est le saint patron de cette localité.
Elle y déposera des offrandes et remettra un peu d'argent à une femme chargée de s'occuper du lieu (la "khdima"). En échange, elle reçoit un porte bonheur matérialisé par un bout de tissu vert ou blanc (le sendjak).

Avant le coucher de soleil, elle se rend dans son futur domicile conjugal.
A son arrivée, elle est accueillie par un groupe de femmes de la famille du mari qui l'entourent en glorifiant le prophète (que la Bénédiction et le Salut de Dieu soient sur Lui) et l'accompagnent dans sa chambre, afin qu'elle ne soit pas vue.

De sont côté et dans un autre lieu, le marié offre un dîner aux invités de sa famille soit dans sa maison soit dans un jardin de l'un de ses amis ou dans une maison près de la plage.
Après le dîner, tous les hommes forment le cortège avec les chants de la troupe aissaoua et à coté du mari, il y a deux jeunes : l'un, à sa droite, porte deux grandes bougies et l'autre, à sa gauche, deux bouquets de fleurs.
Cette procession en direction de la maison des jeunes époux s'appelle la cérémonie de la "tebyita" (la nuit de noce).
Avant son entrée dans le domicile, le marié pose son pied droit sur un œuf non cuit qu'il écrase et marche sur un fil doré (appelé le "chentouf louiz").

Cette entrée théâtrale amorce la fête finale des noces. Une fois la fête terminée, les invités quittent les lieux et laissent les deux jeunes mariés dans leur nouveau domicile. Le mariage est alors consommé.

Le troisième jour : une fête réservée aux proches

La jeune mariée sort de sa chambre le matin portant une tenue de couleur rose. Une fête est organisée par les femmes de la famille et certaines invitées en son honneur pour la féliciter. Elles prennent un café avec les mesemen préparés par la mère de la mariée. Ensuite, les meddahates commencent l'animation de la fête, accompagnées par les danses rythmées jusqu'à midi.

Le déjeuner qui est préparé par la mère de la mariée est composé de chorba et de salades.
La célébration qui s'en suit, appelée "el mahdar" ou "el mahtar", est particulière puisqu'il s'agit, à l'origine, d'une fête réunissant uniquement les femmes.

Couple mostaganemOn dédie un siège à la mariée, sur lequel on dépose un coussin blanc. On fait assoir son époux à ses côtés sur un siège décoré également.
De part en part, on assoit des femmes déjà mariées depuis peu (appelées kheradjet) et des femmes mariées depuis plus longtemps (appelée barizate) qui auront la charge d'animer la fête de leurs chants.
On habille la jeune mariée avec une belle tenue traditionnelle qui est le "ghelili". Elle est accompagnée par sa belle-mère et quelques femmes: elles sont accueillies par des youyous. On la fait assoir sur le siège qui lui a été préparé aux côtés de son époux.
Le ghelili est composé d'un caftan cousu dans une étoffe tissée au fil d'or et d'accessoires comme les colliers de perles de culture.
Cela fait de la mariée la reine de la soirée : Elle porte les bijoux offerts en dot. Les sept bracelets sont liés par un fil d'or ainsi qu'un anneau aux chevilles (appelé el brim).
Mais ce n'est pas fini ! Son visage est couvert d'un tissu transparent, tel un voile nuptial (appelé el abrouk).
La mariée se lève et se rassoit sur la chaise sept fois. Les femmes assises à ses côtés portent différentes belles tenues traditionnelles.
Le "bal" musical et dansant est ouvert par une danse solennelle réalisée par une femme honorable choisie dans l'assemblée.
Elle reçoit alors en premier, après sa danse, un plat traditionnel (appelé rechka ou chekhchoukha), puis on le fait passer aux chanteuses (meddahates), puis aux femmes entourants les mariés (khardjates et barizates) avant que le reste des convives puissent y gouter.

La fête prend fin au coucher du soleil, seuls la famille du marié et certains proches restent pour dîner.
A cette occasion, la jeune mariée apprends à découvrir les membres de sa nouvelle famille (la famille de son mari).

Le quatrième jour : une semaine plus tard

Une semaine plus tard, les femmes ayant participé au mariage, retrouvent la mariée aux bains maures (hamam). A cette occasion, elle portera à nouveau ses habits de mariée.
HammamUn rituel est pratiqué au hammam : une fois dans le bain, on verse une tasse d'eau sur la mariée acclamée par les youyous des femmes présentes.
C'est sa belle-mère qui la sort du bain afin de permettre au personnel du hammam (les tayyabates) de lui laver le corps.
On lui fournit une serviette ressemblant à un peignoir pour sécher son corps (appelée le bechkir).
La jeune mariée revêt à nouveau sa tenue de mariée, tout monde quitte le hammam en direction de la maison du mari afin d'y prendre un café avec des beignets préparés pour les mariages dans cette partie du pays, les sfendj.
Une fête ce jour là est à nouveau donnée avec les chanteuses (les meddahates).
La mariée doit mettre entre ses genoux une serviette rose (le bechkir) et porter dans ses mains deux bougies que son mari lui a apporté au préalable.
La fête se poursuit jusqu'à la venue de la belle-mère avec le dîner qu'elle aura préparé dans sa maison pour les invités.

Le jour du tehzam ou le port de la ceinture

Le jour suivant, la mariée porte une tenue traditionnelle (chedda avec kaftan).
La belle-mère apporte le déjeuner avec du "trid", un plat de fête préparée avec des crêpes, de la sauce et du poulet.

A cette occasion, la belle-mère accroche symboliquement à la taille de sa belle-fille une ceinture confectionnée avec des pièces en Or, marquant définitivement son statut de femme mariée.

Auteur :
Mis en ligne : Vendredi 13 Décembre 2019