Meurtre de Chaïma en Algérie : épouse-moi ou je te tue

Photo de Chaima, Algérienne

Le corps de Chaïma a été retrouvé début octobre, après sa disparition, au niveau d’une station essence désertée à Thénia, près de Boumerdès, à l’est d’Alger. Chaïma aurait été tuée parce qu’elle refusait d’épouser un homme harceleur et apparemment psychopathe. La jeune fille a été battue et violée avant d’être brûlée vive, selon les médias locaux. Le suspect, passé aux aveux, est poursuivi pour "viol et homicide volontaire avec préméditation et guet-apens en utilisant la torture". Il s’agit, selon la mère de la victime, d’une ancienne connaissance de la famille, contre laquelle la jeune fille avait porté plainte pour viol en 2016. La frange conservatrice de l’Algérie réclame la peine de mort pour l’homme qui a assassiné Chaïma.

'Ce n’est pas en revendiquant la peine de mort qu’on va lui rendre justice. C’est plutôt les lois qui doivent être changées et appliquées', plaide Algérie Féminicides, un compte Facebook qui pallie l’absence de statistiques officielles en faisant un travail de veille sur la question. Algérie Féminicides a recensé jusqu’ici 38 assassinats de femmes pour la seule année 2020, une soixantaine en 2019.

'Il faut faire bouger les mentalités et le système judiciaire pour la prise en charge psychologique et juridique des victimes. Lancer des campagnes nationales de sensibilisation, ouvrir des centres d’écoute et d’hébergement, et former les différentes institutions', préconise Mme Oussedik.

'L’infâme meurtre de Chaïma Saadou s’ajoute à une longue liste de féminicides, qui ne cesse de s’allonger devant le silence complice, la justification de la violence et l’absence de mesures réelles', a réagi le Collectif libre et indépendant des femmes de Bejaïa (nord-est).

'C’est toute la représentation de la femme dans l’imaginaire social qu’il faut reconstruire.'

Chaïma, Ikram, Amira, Asma, Razika et les autres, stop disent les associations de défense et d’écoute des jeunes femmes.
Afin de "briser le silence" le collectif appelle à manifester à Bejaïa.
L’élan de solidarité s’est étendu à d’autres villes, notamment à Oran, Constantine, Tizi Ouzou. À Alger, le Collectif des femmes algériennes pour un changement pour l’égalité organise un rassemblement le même jour devant la Faculté Centrale pour 'dénoncer les crimes odieux de Chaïma, Ikram, Amira, Asma, Razika et des 38 femmes (victimes de féminicide) de l’année 2020'.

Le président Tebboune a ordonné dimanche l’application des peines maximales, sans possibilité d’allègement ou de grâce, contre les auteurs de crimes d’enlèvement de personnes 'quels qu’en soient les tenants et aboutissants'.
En Tunisie voisine, le meurtre récent d’une jeune femme a également ranimé le débat sur la peine de mort. Le président Kaïs Saied s’est prononcé la semaine dernière en faveur de l’exécution du meurtrier présumé, remettant en cause le moratoire observé depuis trente ans.

'C’est toute la représentation de la femme dans l’imaginaire social qu’il faut reconstruire. Je suis contre la peine de mort. Toutefois, j’appelle à une lourde peine contre l’assassin de Chaïma', affirme une internaute sur Twitter. Ce type de fait divers est d’autant plus affreux que personne ne semble chercher les motivations des assassins. Certains avancent tout de même l’hypothèse que ce genre d’acte barbare a pour cause l’orgueil des agresseurs, un orgueil qui serait particulièrement développé chez les hommes arabes du Maghreb. Si tel est le cas, les mères arabes devraient s’interroger sur les rapports qu’elles ont avec leurs garçons ! Les mères sont peut-être trop protectrices, trop dans l’adoration, et ne leur inculquent pas l’humilité et la capacité à surmonter la frustration, le fait d'accepter de ne pas obtenir systématiquement ce qu’ils désirent. Il y a probablement d’autres explications possibles, malheureusement, force est de constater qu’aucune solution concrète ne semble émerger, ce genre de fait divers se reproduira donc encore et encore.

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Mis en ligne : Samedi 10 Octobre 2020

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