L'offensive turque en Syrie, un drame humain

Syriens fuyants
Carte du conflit

Le 9 Octobre 2019, la Turquie a lancé une offensive à partir de sa frontière avec la Syrie, afin, soit-disant, d’établir une zone de sécurité.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a défendu son offensive dans le but de créer une "zone de sécurité" exempte de milices kurdes pouvant également accueillir des réfugiés syriens.
C’est ainsi qu’il justifie une véritable guerre : Chars, bombardement aérien, infanterie au sol, les Turcs ont mis les moyens.

Comme si cela avait permis le coup d’envoi, cette attaque fait suite au retrait des forces américaines dans cette zone.

Ainsi ce ne sont pas moins de 11 civils qui seraient morts et des dizaines de combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS); et même des factions pro-turques dirigées par les Kurdes (!!!) ont été tuées, selon les reportages récents relayés par la plupart des grands médias. Bien évidemment, le bilan va s’alourdir.

Comme toujours, les informations émanant d’un camp ou d’un autre sont très divergentes.
Pour l'armée turque seule la mort d'un soldat et trois autres blessés sont confirmées.

En tout cas, la zone sous contrôle de milices multi-ethniques, certes principalement kurdes, abritait des réfugiés du conflit Syrien.
A présent, des dizaines de milliers de personnes ont fui alors que la plupart étaient donc des réfugiés, un exode qui va s’accentuer dans les prochains jours.

La plus grande partie de la région échappe au contrôle du gouvernement syrien à la suite de la guerre civile qui a éclaté en 2011.

Elle est contrôlée par les Forces démocratiques syriennes (FDS) depuis 2015.

Les FDS ont été des alliés essentiels des États-Unis dans la bataille contre le groupe État islamique (EI), mais la Turquie considère les factions kurdes qui composent le FDS comme des "terroristes" qui soutiennent une insurrection anti-turque.

La communauté internationale critique de plus en plus l'offensive.
L'une des principales préoccupations de la communauté internationale est le sort de milliers de prisonniers présumés, dont de nombreux ressortissants étrangers, gardés par des forces dirigées par les Kurdes dans la région.

Quoi de neuf sur les combats?

Le 11 octobre, après trois jours de frappes et d’offensives, les troupes turques ont partiellement encerclé les villes frontalières de Ras al-Ain et de Tal Abyad.
Alors que l'armée turque a déclaré que son opération allait se dérouler comme prévu, des sources kurdes et des activistes de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) ont déclaré que l'offensive n'avait pas beaucoup progressé.

"Les Kurdes n'ont pas d'amis mais les montagnes"


Les avions de combat turcs ont atteint des cibles dans les deux villes et des séquences vidéo ont montré des colonnes de fumée s'élevant au-dessus d'eux.
Le seul hôpital public de Tal Abyad a été contraint de fermer.
Le Croissant-Rouge  kurde a déclaré que 11 civils avaient déjà été tués et 28 blessés graves, principalement à Ras al-Ain et dans une autre ville frontalière, Qamishli. Certains sont des enfants.
Au moins cinq personnes, dont un bébé syrien, auraient été tuées lors d'un bombardement kurde dans des villes situées à la frontière turque.
L’OSDH a signalé au moins 29 morts parmi les FDS et 17 parmi les rebelles syriens pro-turcs, l'armée nationale syrienne, alors que plus de 10 villages sont tombés aux mains des Turcs.
Dans un rapport ultérieur, ils ont déclaré que sept membres des forces pro-turques, dont un soldat turc, avaient été tués alors que les FDS reprenaient un village dans la région de Tal Abyad.

Forces turquesCôté turc, L'agence de presse Anadolu a annoncé le 11 octobre que 228 militants kurdes avaient été "neutralisés" depuis le début de l'opération.

Qu'en est-il des personnes déplacées?

C’est une véritable crise qui s’annonce. Quelque 64 000 personnes auraient déjà fui leur domicile ou leur camp de réfugiés, a annoncé l'organisation de secours du Comité international de secours.
Les groupes humanitaires affirment que pas moins de 450 000 personnes pourraient être contraintes de déménager.

Un communiqué de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés indique que le bombardement turc a touché des infrastructures civiles clés telles que des stations de pompage d'eau, des barrages, des centrales électriques et des champs de pétrole. Des milliers de personnes pourraient perdre un accès adéquat à de l'eau potable dans la région de Hasakeh, a-t-il ajouté.

Les groupes sur le terrain

   
FDS - Forces démocratiques syriennes - Alliance multiethnique composée principalement de milices kurdes et arabes, partenaire essentiel sur le terrain en Syrie de la coalition multinationale dirigée par les États-Unis contre le groupe djihadiste Etat islamique.

YPG - Unités de protection du peuple - L'aile militaire du Parti de l'Union démocratique kurde syrienne (UDK). C'est la force dominante du FDS. Les unités de protection des femmes (UPF) constituent la brigade exclusivement féminine du groupe.

PKK - Parti des travailleurs du Kurdistan - Un groupe rebelle kurde qui s'est battu pour l'autonomie kurde en Turquie pendant trois décennies. Il est désigné comme groupe terroriste par la Turquie, les États-Unis et l'Union européenne. La Turquie affirme que le GPJ est une extension du PKK - une revendication que les deux groupes nient.

ANS - Armée nationale syrienne - Nouvelle dénomination d'une alliance lâche de factions rebelles syriennes soutenues par la Turquie, auparavant connue sous le nom d'Armée syrienne libre (Free Syrian Army). Les combattants du SNA prennent part à l'offensive terrestre dans le nord-est de la Syrie.

Quelle a été la réaction des autres pays ?

Le Conseil de sécurité des Nations unies a discuté de la situation jeudi à la demande de ses cinq membres actuels - le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, la Belgique et la Pologne - qui demandent à la Turquie de mettre fin à son offensive militaire.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a exprimé sa "profonde préoccupation" face à la montée de la violence.
Vendredi, le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a déclaré qu'il avait partagé "de sérieuses préoccupations" concernant l'opération lors d'une réunion avec le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu.
Il s'attend à ce que la Turquie, membre de l'OTAN, "fasse preuve de retenue", a-t-il ajouté.

M. Erdogan a fermement défendu l'incursion, menaçant d'envoyer une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens accueillis en Europe si l'offensive turque venait à être qualifiée d'occupation.

Comment l'incursion affecte-t-elle la situation de l'EI? Qu'est-ce que l'EI?

Les FDS affirment détenir plus de 12 000 membres présumés de l'EI dans sept prisons, dont au moins 4 000 sont des ressortissants étrangers.
Les emplacements exacts n'ont pas été révélés. Ils pourraient donc faire l’objet de bombardements aveugles. L'État islamique, abrégé en EI, est une organisation terroriste, militaire et politique, d'idéologie salafiste djihadiste ayant proclamé le 29 juin 2014 l'instauration d'un califat sur les territoires sous son contrôle.

C’est donc une zone fragile qui abritait jusqu’à alors des populations déplacées, meurtries, avec un ordre qui était assuré par des milices que les organisations internationales n’avaient pas critiqué jusqu’alors. Jusqu'à ce que la Turquie soit venue agresser pour une raison contestable.
En effet, si son objectif est de contrôler la zone par la force pour éviter qu’elle n’abrite des terroristes anti-turques, c’est très probablement l’inverse qui va se produire…
Sans compter les drames humanitaires des populations prises à nouveau en étau dans un conflit qui ne les concerne même pas. En Mars 2018, Ankara avait déjà lancé une offensive

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Mis en ligne : Dimanche 13 Octobre 2019