Revente de météorites du Sahara: un commerce frauduleux

Ramasseur de meteorites au Sahara
Météorite, fragment, du desert

Pour les nomades du Sahara, grande est la tentation de revendre à des touristes une météorite venant de l'espace.

Il en tombe régulièrement dans les territoires qu’ils sont seuls à occuper et parcourir.
Ils revendent leurs trouvailles cosmiques pour une somme dérisoire (qui à leurs yeux est un très bon deal), mais infligent, par contre, une perte importante à leur pays. Sans vraiment en avoir conscience.
C’est par le biais d’une émission de radio de Constantine, dans laquelle des personnalités faisant autorité dans leur domaine sont invités, comme des professeurs de physique à l’Université Mentouri de Constantine, qu’a été révélée l'existence d'un commerce frauduleux de météorites dans le désert du Sahara.

Pendant longtemps, les scientifiques étaient dubitatifs et n’accordaient aucun crédit aux récits de chutes de roches! Ils pensaient que ce n'étaient que les gens du désert qui affabulaient.
Pourtant les nomades ne mentaient pas !

Ce que nous savons aujourd'hui, grâce à une documentation publiée récemment, c’est que des pluies de météorites ont bel et bien lieu dans le désert.
Si la plupart des météorites tombent dans les océans, une partie non négligeable de ces objets de l'espace, tombent dans le Sahara...

Des personnes partent réellement à la chasse au trésor : les chasseurs organisés ramassent les météorites à l'aide de détecteurs de métaux.
En effet, les météorites généralement issues de la Lune, de Mars, de Jupiter ou pour les plus éloignées de la ceinture de Kuiper, sont détectables à leur contenance en fer métallique, et pas minéral, à l’inverse de celui que nous avons dans notre organisme.
Dans le Sahara, des champs de récoltes sont désormais célèbres pour avoir contenu dans son sol des centaines de météorites tel que les sites du Reg Açfer ou de Aguemour qui se situent au nord du Hoggar.

D’autres zones sont connues, tel que celle de Tanezrouft, de El Atchane et celle de El Djouf.
"On trouve souvent les météorites dans ces zones, car il s’agit de régions sahariennes, ce qui signifie qu'elles sont peu peuplées, quasi sans végétation et  arides (absence d’altération)", ajoute Pr Belhaï. Des chercheurs en planétologie en ont besoin pour comprendre le système solaire, la Terre et le reste de l’Univers.
Des laboratoires étrangers et de grands musées financent et encouragent cette chasse aux météorites.

Pour Pr Mimouni, ceux qui les recueillent, notamment les nomades, ne savent pas que certaines de ces "pierres" qu’ils vendent des touristes ou à des intermédiaires ont bien plus de valeur que ce qu’ils en retirent.

Il ajoute que "Les acquéreurs de ces cailloux célestes" qui les font passer à travers les frontières en contrebande ne sont intéressés qu’à les revendre dans leur pays d’origine, dans lequel ils réaliseront une très forte plus-value, car elles seront rachetées par de grands laboratoires scientifiques occidentaux.

Talon de météorite
Sahara sable Algérie

D'après les invités de la radio constantinoise, c’est grâce à des géologues algériens qui travaillent sur les météorites, et qui sont au fait de ce qui se passe dans le Sahara algérien, que ce trafic a été porté à la connaissance des différentes institutions de l’Etat algérien.
Des campagnes d’information et de sensibilisation ont été menées auprès de la police et la gendarmerie afin que ce trafic puisse être endigué.
L’Etat algérien est donc au courant, il est anormal que ce soit les citoyens qui donnent l’alerte et demandent aux autorités de faire cesser ce pillage de ressources.
Mais quel est le problème dans le fait de revendre des cailloux tombés dans le Sahara ?
Sur un plan strictement financier, la perte pour le pays n’est pas très importante.
Toutefois, il s’agit d’une partie du patrimoine de la nation et qui plus est, avec un potentiel scientifique important.

Il faut donc nécessairement le préserver.
"Un décret a même été promulgué récemment interdisant formellement le commerce et le trafic des météorites", nous informe Pr Belhaï.
En effet, ces objets venus de l'espace doivent rester intacts et pouvoir être étudiés par des géologues algériens : sinon, ils se retrouvent entre les mains de scientifiques étrangers qui auront alors la primauté des découvertes.
Certains Algériens considèrent au contraire, que l'interdiction de ramasser des morceaux de roches spatiales dans le désert, ne fera qu'accentuer leur envie de revendre ces vrais trésors à des touristes.

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Mis en ligne : Lundi 19 Août 2019