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L'Algérie française


La colonisation française de l'Algérie  dura 132 ans. Cette longue présence a influencé le mode de vie des Algériens, leur organisation socio-politique et  leurs lois. On peut aussi considérer l'attachement des Algériens à la liberté d'expression comme un héritage français.

Mais l'accès à l'indépendance du pays, tout comme sa conquête, ce sont fait par les armes, ce qui fait de l'histoire franco-algérienne une histoire  passionnelle, d'autant plus que l'indépendance du pays remonte à une cinquantaine d'années, ce qui est récent à l'échelle de l'Histoire.

Le contexte de la conquête


La Régence d'Alger s'effritait au 19e siècle

Depuis le 16 e siècle, l'Algérie était une communauté de principautés musulmanes rattachées au Sultanat ottoman, qui bénéficiait d'une autonomie certaine. Mais les Algériens se sentaient abandonnés par l'administration ottomane et les insurrections populaires étaient fréquentes. Les Algérois disaient que le dey, le régent ottoman, possédait un trésor colossal mais sans en faire bénéficier le peuple. Cela s'avèrera exact, comme nous le verrons plus tard, lors de la prise d'Alger par les Français en juillet 1830.

Il faut dire qu'à cette époque dans le Sultanat et ses provinces, le bakchich (la corruption) était une pratique courante, de même que la piraterie. C'est d'ailleurs parce qu'ils étaient d'habiles corsaires que les Turcs naviguaient à leur aise dans la baie d'Alger alors que les navires volumineux de puissantes nations étaient incapables de débarquer dans le port d'Alger et accostaient quelques kilomètres plus loin, dans des endroits moins rocheux.

Le commerce entre la France et la Régence d'AlgerBateau de corsaire


La France  faisait du commerce avec la Régence d'Alger depuis plusieurs siècles. En 1798, elle se ravitaillait en blé en Algérie pour nourrir les troupes françaises lors de l'expédition de Bonaparte en Egypte. Au 19e siècle Alger était, après Marseille, le port méditerranéen le plus actif. On exportait en Europe des céréales, du sel, de l'huile d'olive mais aussi de magnifiques soieries artisanales.

Seule ombre au tableau et non des moindres : les pirates turcs qui sévissaient en méditerranée africaine, surtout à Tripoli, Tunis et Alger, exacerbant les flottes des puissances occidentales. La France évoquait dès 1808 une possible expédition à Alger alors que l'Angleterre préférait négocier des traités de paix avec les deys. Après moult tractations, l'Angleterre finit par obtenir un accord avec les régences africaines du Sultanat ottoman pour mettre fin aux rançons des pirates et aux enlèvements de soldats chrétiens.

L'incident diplomatique entre la France et la Régence d'Alger


En 1827, le consul français Deval fut reçu en audience publique par le dey d'Alger. Un différend les opposait : Monsieur Deval refusait de s'engager sur le remboursement d'une somme d'argent que l'Algérie avait prêté à la France, et comme la conversation tournait au vinaigre, le dey gifla le consul de France avec son éventail puis refusa de s'excuser, estimant que le consul français s'était montré arrogant. Le roi de France de l'époque, Charles X, eut vent de cet incident diplomatique et songea  alors sérieusement à organiser une expédition contre l'Algérie ; c'est ce qu'il fit au mois de juin 1830, malgré les réticences de l'Angleterre. Du côté Français on ironisa sur l'avis des Anglais : selon la noblesse française,  le conseil était fort mal venu de la part de l'Empire colonial britannique !

De l'avis de certains historiens français, l'expédition en Algérie avait d'abord pour but d'augmenter le prestige de Charles X. Pourtant, il fut renversé le 2 août 1830 après la révolution des Trois Glorieuses... Malgré cet événément, la conquête de l'Algérie se poursuivit sous le règne du roi Louis-Philippe d'Orléans.

L'insurrection contre la Régence et la prise d'Alger par les Français


Casbah - palais du DeyEn 1830 Sidi Mohiédine, cheikh (maître) de l'ordre religieux soufi de la région d'Oran, était décidé à en finir avec la régence ottomane et avait annoncé que, selon une prophétie, son fils Abd el-Kader alors âgé de 22 ans, se battrait pour l'indépendance de l'Algérie et deviendrait sultan. La prophétie fit grand bruit et provoqua une mobilisation autour du cheikh. Cette agitation déplut fortement au gouverneur ottoman d'Oran al-Hasan, qui prononça la condamnation à mort de Sidi Mohiédine !

Mais au même moment, les troupes françaises débarquaient en Algérie. Les Ottomans durent donc oublier pour un temps les revendications des Algériens, pour affronter les troupes françaises. Au bout d'un mois, les Français conquérants assiégèrent Alger, tambours battants. A l'issue d'une bataille éprouvante, le dey d'Alger plia bagage en direction de sa patrie, le Sultanat ottoman, et abandonna dans son palais algérois un trésor estimé à plusieurs millions d'euros actuels. Les vainqueurs s'en emparèrent, toutefois le trésor ne tomba pas dans l'escarcelle du royaume de France, mais fut détourné par des soldats français ...

L'Emir Abd el-Kader


En 1832, Abd el-Kader fut proclamé sultan par les tribus de la région d'Oran, c'est-à-dire grand souverain, mais préféra se contenter du titre d' "émir" (prince ou gouverneur). La prophétie annoncée par le père d'Abd el-Kader disait vrai : le jeune homme luttera pour l'indépendance... mais contre un nouvel assaillant !
La  lutte contre l'occupation française commença dès 1832 mais la guerre ne fut proclamée qu'en 1839 par l'émir. En effet, malgré le Traité de Tafna conclu en 1837 qui instaurait un état de paix et un partage de souveraineté entre les Français et l'émir Abd El-Kader, les hostilités reprirent après la violation de cet accord par le roi Louis-Philippe qui ordonna la prise de Constantine.

Mais après quinze longues années d'une guerre rude au cours de laquelle il gagna des batailles et en perdit d'autres, en 1847, l'émir proposa de déposer les armes en échange de son exil au Proche-Orient. Dans un premier temps, un pacte en ce sens fut conclu entre l'émir et l'Armée française, mais finalement l'émir fut fait prisonnier en France. Durant son séjour en prison, il rédigea un traité de philosophie, la Lettre aux Français. Avec ce livre, il souhaitait faire connaître sa pensée philosophique aux Français, en soulignant l'importance du savoir et celle que revêtait l'échange des connaissances entre les gens de cultures différentes. C'est ce livre qui lui aurait valu la sympathie de l'intelligentsia française et sa libération par Louis Napoléon, en 1852.

L'Emir Abd el-Kader et le consul de FranceLa personnalité de l'émir

L'Emir Abd el-Kader était un homme cultivé de son époque et un musulman soufi. Le soufisme est un courant mystique de l'islam qui privilégie une pratique spirituelle plutôt que dogmatique. Cela dit, l'émir n'était pas un Gandhi prônant la lutte non-violente, mais un chef des armées qui a combattu l'ennemi - surtout le maréchal Bugeaud, réputé aussi pugnace que l'émir - pendant quinze ans. Le maréchal Bugeaud et l'émir Abd el-Kader, tout en défendant des causes opposées, se respectaient. Ainsi le maréchal Bugeaud ne tarit pas d'éloge à son sujet : "Abdelkader est un homme de génie... C'est un ennemi actif, intelligent et rapide, qui exerce sur les populations arabes le prestige que lui ont donné son génie et la grandeur de la cause qu'il défend."

En 1860, alors que l'émir avait élu domicile à Damas en Syrie depuis cinq ans, où il pouvait approfondir ses connaissances spirituelles, les chrétiens furent persécutés au Liban et en Syrie. Abd el-Kader  recueillit des chrétiens chez lui et offrit même sa protection au consul français. Le gouvernement français lui rendit hommage en lui remettant la plus haute distinction de la Légion d'honneur. Jusqu'à sa mort (naturelle) en 1883 en Syrie, l'émir poursuivit une vie paisible, voyageant beaucoup en Europe et dans les pays du Moyen-Orient et s'entretenant avec plusieurs souverains comme le français Napoléon III et l'ottoman Abdül-Aziz qui l'appréciait pour sa sagesse et lui remit la plus haute distinction honorifique de l'Empire ottoman.

Auteur : L'équipe de Orientale.fr
Mis en ligne : Vendredi 11 Novembre 2011 à 05:46 CEST.

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