Oum Kalthoum, cantatrice du peuple (1898-1975)L'ascension d'Oum Kalthoum
Un des chanteurs les plus renommés de l'époque, le cheikh Abou el-Alaa, l'entend, lui donne des leçons et convainc, non sans peine, son père de le laisser emmener la jeune fille au Caire. Pour Oum Kalthoum, ce sera l'ascension. Oum Kalthoum donne sa première soirée payante le 6 décembre 1922, avec un énorme succès. Elle surpassera toutes ses rivales pour atteindre cette gloire sans partage qui la fit régner sur l'ensemble du monde arabe. Pachas opulents, riches commerçants, personnalités politiques et artistiques se disputent Oum Kalthoum pour donner à leurs fêtes un lustre suprême. Ses cachets deviennent fabuleux. Elle fait de nombreuses tournées à l'étranger et donne à Paris, en 1967, deux récitals. On l'appelle "l'Astre de l'Orient", "la Dame de la chanson", "la Cantatrice du peuple" ; ce dernier titre lui a été décerné par le président Sadate. Nasser, dont elle était la chanteuse préférée, l'avait exonérée d'impôt à vie ! Au Caire, on disait alors : "L'Égypte, c'est Nasser, Oum Kalthoum et les pyramides". Quand, en 1967, la chanteuse se retire de la scène, elle a 400 chansons à son répertoire, pour la plupart enregistrées. Une voix extraordinaire ! La voix d'Oum Kalthoum, d'une puissance et d'une étendue extraordinaires, embrassait toute la tessiture du luth, c'est-à-dire toute la gamme orientale. L'émission, au timbre très pur, inlassablement prolongée par de subtiles modulations, plongeait l'auditeur oriental dans une sorte d'extase voluptueuse. Ses chansons de scène duraient plus d'une heure ! Les chansons d'amour
Oum Kalthoum a tenu la gageure de chanter, sans contradiction, l'amour et le sentiment religieux. Elle avait commencé sa carrière au moment où le public prisait tout particulièrement les chansons frivoles et grivoises. Or la fille du cheikh n'avait à son répertoire que des chants religieux. Elle ne se dépouilla jamais de la plus grande pudeur et même d'un certain ascétisme. Pourtant, Oum Kalthoum, qui restera la chanteuse de l'amour sublimé, faisait naître chez ses auditeurs une exaltation où l'extase mystique n'avait guère de part. La chanson arabe renaît avec Oum Kalthoum !
Alors qu'au cours des années 1920, la chanson arabe se perdait et se contentait d'imiter la chanson occidentale, Oum Kalthoum régénéra le chant arabe authentique. Elle donnait aux Arabes le sentiment profond de la grandeur et de l'originalité de leur civilisation. Elle les ramenait à leurs sources, à leur irréductible identité. Elle les révélait à eux-mêmes à une époque où ils étaient, pour la plupart, des peuples colonisés. Elle leur faisait sentir leur solidarité. D'après Raymon Morineaud.
Copyright : Les photographies d'Oum kalthoum sont la propriété de l'Etat égyptien. Ci-contre : Oum Kalthoum avec le président égyptien Nasser.
Auteur : L'équipe de Orientale.fr Mis en ligne : Lundi 7 Février 2005 à 08:00 CEST. |
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