Une Vie de Pintade à Beyrouth de Muriel Rozelier
Il convient avant toute chose de définir le concept de "pintadisme", ce nouveau féminisme. Le pintadisme peut se définir, selon nous, comme une doctrine qui préconise l'épanouissement des pintades. Qu'est-ce qu'une pintade ? Certainement pas une dinde ni une poule, lit-on en guise d'avertissement en introduction du livre. Mais "une femme moderne qui réconcilie le triumvirat vie familiale, vie professionnelle et équilibre personnel, grâce à ses crépitations de frivolité". En somme, être une pintade, c'est trouver son équilibre en assumant sa féminité, sa légèreté et son intelligence aussi. Car contrairement à la poule de basse-cour qui ne se pose pas de questions existentielles, la pintade a de l'esprit, voyez-vous. Cette doctrine, inventée et prônée en tant que telle par les créatrices de la collection romanesque "Les Pintades" (voir www.lespintades.com), se décline à toutes les sauces du monde. Muriel Rozelier, journaliste française qui s'y connait dans la culture orientale et qui vit à Beyrouth, a décidé d'explorer le quotidien des Libanaises dans Une Vie de Pintade à Beyrouth. Il s'agit là d'une véritable invitation à pénétrer dans l'intimité des femmes Libanaises, d'apprendre à les connaître au-delà des clichés ; de savoir ce qu'elles pensent de la situation politique difficile de leur pays et, plus simplement, de capter leurs angoisses comme la peur de vieillir ou la perte des repères de la jeunesse. S'il recueille des confidences de femmes libanaises (âgées de 7 à presque 77 ans !), l'ouvrage ne se limite pas à cela. Une Vie de Pintade à Beyrouth est une étude de moeurs, qui s'appuie sur des faits historiques en rappelant notamment l'empreinte historique et culturelle de la France au Liban, des observations et des analyses de la société libanaise, avec une attention particulière accordée aux préoccupations des gens ordinaires. Mais les stars les plus en vue du Moyen-Orient étant souvent d'origine libanaise, plusieurs pages ont été consacrées aux stars sulfureuses du show-biz libanais, comme Haïfa Wehbe. Avec le recul que nous permets l'analyse sociologique de Muriel Rozelier, on s'aperçoit que l'impact qu'ont les femmes libanaises sur le Liban et même sur la région du Moyen-Orient est beaucoup plus important qu'on ne l'imagine. Ainsi, l'auteur souligne à juste titre que c'est une Libanaise "qui aura fait chanceler le premier cercle du pouvoir égyptien", en évoquant Suzanne Tamim, ex maîtresse assassinée par le député Talaat Mustapha, qui a été condamné à mort par la justice égyptienne en mai dernier. On sait que les Libanaises sont des beauty addicts et des séductrices. Mais le thème de l'amour, la vie sentimentale des Libanaises, n'a pas assez été étudié à notre goût. C'est notre seul petit regret. Bien sûr, c'est une question d'appréciation. Toutefois, l'auteur le reconnaît elle-même : Les Libanaises se confient difficilement. Paradoxalement, il semble plus aisé pour l'auteur de recueillir des confidences sur l'addiction sexuelle des jeunes (ce phénomène est décrit comme un mécanisme psychologique de défense contre la dépression causée par la guerre de 2006), que sur leurs sentiments amoureux. Au fond, cela n'est pas étonnant : là où le sexe n'est pas tabou, a contrario, très souvent, les sentiments le sont. Un comble dîtes-vous ? Si vous n'en n'êtes pas convaincus, sachez que des études affirment que les hommes sont davantage enclins à parler de sexualité, surtout sur le ton de l'humour et de façon graveleuse, que de sentiments amoureux... Parce qu'ils ont peur de montrer leur sensibilité ! On apprécie, enfin, l'humour, tour à tour plein de tendresse et d'ironie de l'auteur. > Les petits plus vraiment sympas : Au fil des pages, agrémentées de quelques illustrations dans le genre bande dessinée, on apprend (ou pour certaines, on se remémore) les expressions familières du pays, on savoure en imagination les recettes épicées du Liban, on hume les parfums enivrants... On nous donne de nombreuses bonnes adresses de restaurants, snacks et magasins parisiens où l'on peut déguster des plats libanais ou acheter des produits typiques du pays. En résumé : mesdemoiselles et mesdames, voilà un bouquin captivant - jamais ennuyeux - qui nous détend, nous instruit et nous fait rire à la fois ! A lire abso-lu-ment. Réf. complètes : Une vie de Pintade à Beyrouth - Broché (7 octobre 2009) de Muriel Rozelier, Layla Demay, Laure Watrin, et Margaux Motin. Publié chez Calmann-Lévy. Prix : 19 € (en France). ISBN : 978-2-7021-4040-6.
Auteur : L'équipe de Orientale.fr Mis en ligne : Vendredi 22 Janvier 2010 à 12:49 CEST. |
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