Essaouira, ancienne ville hippieFin juillet 1969, c’est le célèbre guitariste Jimi Hendrix qui fait escale à Essaouira pour souffler quelques jours avant de préparer le fameux festival de Woodstock. Il venait de vivre des moments difficiles : démêlés avec la justice, querelles intestines avec son groupe, .etc.. Il ressentait le besoin de faire un break au soleil, sans doute. Il a d’abord posé ses valises à Marrakech avec un ami, avant de rejoindre Essaouira, plus fraîche grâce à ses alizées. En plus, là-bas, des amies les attendaient. Jimi Hendrix, ses compagnons et le groupe du Living Theater ont sûrement passé au moins une soirée ensemble. On sait que Jimi s’est acheté une djellaba, qu’il fuma quelques joints et qu’il se promena sur la plage. Puis il reprit l’avion début août pour préparer Woodstock. Comme ce séjour n’a pas été mémorisé par un film ni même une photo, les rumeurs sont allées bon train sur son déroulement. Ainsi, on raconte au Maroc qu’Hendrix a composé Castle Made of Sand (Château de sable en anglais) à Essaouira, ce qui n’est pas le cas malheureusement ! Autres anecdotes amusantes : on l’aurait vu discuter avec des musiciens locaux, partager le pain m’semen avec des Marocains, et même gravir une montagne à Chefchaouen… Plus amusant encore, des Marocains affirment avoir aperçu son fantôme dans différents lieux, à Marrakech et à Tanger… Bref, la présence, même quelques jours seulement, de la légende Hendrix au Maroc, a inspiré beaucoup de belles histoires. En 1972, la police d’Essaouira, qui ne comprenait rien aux nouvelles revendications libertaires de sa jeunesse et au mouvement hippie, commence la chasse aux hippies. Les tensions avec les hippies existaient déjà, mais elles se sont exacerbées au début des années 70. C’est que la plaisanterie a assez duré : on emmène au poste les jeunettes en minijupes et cheveux longs pour les sermonner, on admoneste les jeunes hommes aux coupes afro, on ne tolère plus les jeunes en sandales marocaines et veste en peau de mouton qui se roulent des joints en toute impunité… Selon les rumeurs populaires, on rasait la tête aux jeunes filles trop peu vêtues. En 1973, la police marocaine disperse les derniers groupes hippies en affirmant vouloir lutter contre le trafic d'opium. Après le départ forcé des groupes hippies, les jeunes Marocains qui s'étaient joints au mouvement, une vingtaine sans compter les sympathisants, ont été mis au ban par leurs compatriotes. Des filles mères se sont retrouvées seules, des artistes adeptes des hallucinogènes ont du changer de look et se cacher… Certains hippies marocains ont cependant réussi à tirer leur épingle du jeu, comme Abderrahman Paca, pivot incontournable du chant gnawa marocain et membre du groupe Nass El Ghiwane, et Taieb Saddiki, grand dramaturge arabe et créateur du Théâtre National, où il a mis en scène les grands textes littéraires arabes. Photo ci-contre : le groupe de gnawa Nass El Ghiwane. L’ivresse pleine de promesses de l'époque hippie a laissé place à la désillusion, mais à de beaux souvenirs aussi. En témoigne ce père marocain âgé de la cinquantaine passée et qui se souvient de l’époque fort sympathique où les hippies, cheveux longs et pantalons en pattes d’éph’ venaient taquiner leurs guitares sur la plage. "On était encore petits ou ados mes amis et moi, et on s’attroupait autours de ces rebelles pacifiques et chaleureux pour les écouter jouer de la guitare et chanter", nous explique ce monsieur avec des yeux pétillants. Puis d’ajouter : "Ils étaient très gentils, très ouverts, ils ne nous chassaient pas comme le faisaient beaucoup d’adultes. Ah, c’était la belle époque", il mime alors un guitariste tout en se souvenant des tubes qui ont marqué sa jeunesse "I can’t get no, ta ta ta, satisfaction…".. |
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